Amendement n° 146 · ART. 2, déposé par M. Viry LR +98 cosignataires.
L'essentiel : M. Viry (LR) voulait présumer la contrainte lorsqu’un majeur commet un acte de pénétration sexuelle sur un mineur incapable de discernement, ou quand une différence d’âge significative sépare la victime mineure et l’auteur des faits.
Texte exact de l'amendement
Rédiger ainsi cet article : « Après le premier alinéa de l’article 222‑23 du code pénal, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « La contrainte est présumée lorsque l’acte de pénétration sexuelle est commis par un majeur sur la personne d’un mineur incapable de discernement ou lorsqu’il existe une différence d’âge significative entre la victime mineure et l’auteur des faits ». »
Exposé des motifs de l'auteur·rice
L’article 2 de ce projet de loi a une rédaction complexe, qui sera source d’appels. De plus cette rédaction ne concerne que les mineurs de moins de 15 ans, elle risque de représenter un recul pour ceux qui sont âgés de 16 et plus. Cet amendement est issu de la proposition de loi du Sénat d’orientation et de programmation pour une meilleure protection des mineurs victimes d’infractions sexuelles. Il facilite la répression des viols commis à l’encontre des mineurs en instaurant une présomption simple de contrainte fondée sur l’incapacité de discernement du mineur ou sur l’existence d’une différence d’âge significative entre le mineur et l’auteur. Avec cette présomption simple renforcée, c’est à l’auteur de démontrer l’absence de contrainte et donc le consentement.
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Le projet de loi approuve un rapport annexé fixant les orientations de la politique de lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Il porte à trente années révolues le délai de prescription de l'action publique pour les crimes mentionnés à l'article 706-47 du code de procédure pénale commis sur des mineurs, et permet qu'une expertise soit ordonnée pour apprécier l'existence d'un obstacle de fait insurmontable ayant empêché la mise en mouvement de l'action publique. Il précise que la contrainte morale peut résulter de la différence d'âge existant entre une victime mineure et l'auteur des faits ainsi que de l'autorité exercée par ce dernier. Il réécrit les cas dans lesquels un professionnel qui, dans l'exercice de ses fonctions, suspecte des violences physiques, psychologiques ou sexuelles doit alerter le procureur de la République, et inscrit dans le code de l'action sociale et des familles des actions de sensibilisation, de prévention et de formation sur les violences destinées aux professionnels, aux personnes en situation de handicap et à leurs aidants. Le texte est dépourvu d'exposé des motifs et l'extrait ne porte que sur ses premiers articles.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 9 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 5 | 0 | 0 |
| Nouvelle Gauche | 6 | 0 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 15 | 2 | 0 |
| La République en Marche | 0 | 84 | 0 |
| UDI, Agir et Indépendants | 4 | 0 | 0 |
| Les Républicains | 34 | 0 | 0 |
| Non inscrit | 4 | 0 | 0 |
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 146 en séance (Lutte contre les violences sexuelles et sexistes), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« L’esprit de cet amendement a déjà été évoqué au cours des interventions sur l’article 2. Nous pourrons toujours débattre entre nous de l’âge tolérable ou opportun permettant de fixer une limite à une relation sexuelle : treize, quatorze ou quinze ans, que sais-je ? Je suis d’avis de sortir de la question du seuil d’âge en renversant la présomption qui pèse actuellement sur la victime et de définir une présomption simple de contrainte qui serait fondée sur l’incapacité du discernement du mineur ou sur l’existence d’une différence d’âge significative entre le mineur et l’auteur des faits. »
« Je tiens à profiter de ces deux premiers amendements à l’article 2 pour développer mon argumentation, ce qui me permettra, sinon d’accélérer la discussion des autres amendements, du moins d’en fixer le cadre, ces deux premiers amendements traitant de la présomption. Comme cela a déjà été souligné, cette hypothèse a été évidemment étudiée par le Gouvernement ainsi que dans le cadre de la préparation de nos débats : nous avons auditionné des universitaires, des juristes, des magistrats et des avocats, nous interrogeant longuement sur l’avantage qu’il y aurait à nous diriger vers une présomption simple ou irréfragable. »
« Vous aurez l’occasion de vous exprimer lors de l’examen des nombreux amendements à l’article 2. Je souhaite simplement aller au bout de mon raisonnement. Je suis évidemment prête, ensuite, à entendre vos observations. Des amendements proposent l’instauration d’un âge seuil unique : quinze, quatorze ou treize ans. Nous estimons nécessaire de préserver un haut niveau de protection en retenant l’âge de la maturité sexuelle inscrit dans le code pénal, à savoir quinze ans. […] J’émets donc un avis défavorable sur les amendements n os 70 et 146. »
« L’amendement n o 146 pose une présomption de contrainte « lorsque l’acte de pénétration sexuelle est commis par un majeur sur la personne d’un mineur incapable de discernement ou lorsqu’il existe une différence d’âge significative entre la victime mineure et l’auteur des faits ». Quant à l’amendement n o 70, il prévoit également la criminalisation de tout acte de pénétration sexuelle sur un mineur de quinze ans ou un mineur de dix-huit ans si l’auteur des faits exerce une relation d’autorité avec le mineur ; en outre, il interdit, sauf exception, les relations sexuelles entre mineurs. La position du Gouvernement est assez claire. »
« Or le courage politique, ce n’est pas de proposer des lois qui présentent un fort risque d’inconstitutionnalité. Ça, c’est de l’irresponsabilité. […] Au contraire, le courage politique et la responsabilité, c’est de trouver une formulation constitutionnelle, qui puisse être validée par le Conseil constitutionnel. […] Les deux derniers alinéas de l’amendement n o 70 présentent un risque d’inconstitutionnalité encore plus grand. J’en viens à l’amendement n o 146. Le texte du projet de loi, qui prévoit un seuil de quinze ans, amélioré par l’amendement… […] Monsieur le député, puis-je terminer ma réponse afin que vous puissiez savoir ce que je pense ? Par ailleurs, l’intérêt de l… […] Ça suffit ! »
« L’amendement n o 146 de M. Viry est intéressant, même s’il ne prévoit pas de présomption simple, comme nous le proposerons dans un prochain amendement. Je souhaite intervenir à nouveau sur la question de la constitutionnalité d’une telle disposition. En réalité, la définition de l’atteinte sexuelle, telle qu’elle figure aujourd’hui dans notre code pénal, porte déjà un caractère irréfragable. […] En effet, on part du principe qu’il est interdit, pour un adulte, d’avoir une relation sexuelle avec un mineur : la logique eût donc été d’assumer plus avant ce qui est déjà une réalité dans notre code pénal et d’étendre ce principe au viol, q… […] …ce qui ne correspond absolument pas à notre souhait. »
2 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 8 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel
Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Lutte contre les violences sexuelles et sexistes), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.
« Monsieur le président, madame la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, madame la présidente de la commission des lois, madame la rapporteure, le viol est un crime suffisamment grave pour justifier le rappel des règles de procédure correspondantes. »
« Mon cher collègue, nous avons tous le souci de l’intelligibilité et de la cohérence. Toutefois, nous ne partageons pas votre point de vue. Je ne reviendrai pas sur vos observations concernant l’article 4, dont nous aurons tout le loisir de débattre par la suite. »
« Monsieur le député, je comprends tout à fait vos arguments et partage votre objectif de clarté. Néanmoins, le projet de loi ne faisant que supprimer une disposition redondante, le Gouvernement émet un avis défavorable sur cet amendement. »
« L’amendement n o 68 n’est pas tout à fait identique au précédent, et je crois comprendre que l’adoption de l’amendement n o 272 ferait tomber l’amendement n o 69. »
« Cet amendement vise à rendre imprescriptibles les crimes sexuels, dès lors qu’ils sont commis envers des mineurs, à l’instar des crimes contre l’humanité, qui bénéficient de l’imprescriptibilité en raison du temps qui peut s’écouler entre la survenance des crimes et l’action en justice. »
« Il s’agit d’enfants, de tout-petits : il s’agit de notre chair. Je crois, moi aussi, qu’il est indispensable d’adapter notre législation pour prendre la mesure des crimes sexuels commis sur des mineurs. »
« Mes chers collègues, c’est un débat difficile, qui demanderait beaucoup d’heures de discussion et nécessiterait aussi de mettre à plat l’ensemble des normes de notre droit. »
« Je ne suis pas totalement convaincu par les explications de Mme la rapporteure et de Mme la secrétaire d’État. De deux choses l’une : soit la formulation n’est pas assez précise et il appartient au Gouvernement de nous aider à la consolider juridiquement, afin de répondre à des objectifs légitimes ;… »