Amendement de M. Jumel · après art. 1ER A

46 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 60 voix non atteint. 14 abstentions.
Très serré
Participation 23 %

Amendement n° 343 · APRÈS ART. 1ER A, déposé par M. Jumel +21 cosignataires.

L'essentiel : La construction et l’exploitation de tout réacteur nucléaire auraient relevé d’EDF, selon cet amendement dont l’auteur y voyait une garantie de souveraineté industrielle et d’indépendance énergétique.

Texte exact de l'amendement

Le chapitre III du titre I er du livre III du code de l'énergie est complété par un article L. 313‑2‑1 ainsi rédigé : « Art. L. 313‑2‑1 . – La construction et l’exploitation d’un réacteur électronucléaire est réalisée sous la maîtrise de l’entreprise Électricité de France ».

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Le présent amendement vise à garantir la maîtrise de la construction des futurs réacteurs nucléaires par EDF et préserver une souveraineté industrielle de cette technologie essentielle à l’indépendance énergétique nationale.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 2 novembre 2022 Dépôt du texte Sénat entrée au Parlement
  2. 24 janvier 2023 1re lecture Sénat Adopté
  3. 9 mai 2023 Commission mixte paritaire Adopté
  4. 16 mai 2023 Lecture des conclusions de la CMP Assemblée Adopté
  5. 21 juin 2023 Conseil constitutionnel Partiellement conforme

Ce que change ce texte

L'article 1er délimite le champ du texte : les projets de réacteurs électronucléaires, y compris les petits réacteurs modulaires, dont l'implantation est envisagée à proximité immédiate ou à l'intérieur du périmètre d'une installation nucléaire de base existante mentionnée à l'article L. 593-2 du code de l'environnement. L'article 2 prévoit que la qualification de projet d'intérêt général, en application de l'article L. 102-1 du code de l'urbanisme, de la construction d'un tel réacteur ou d'une installation d'entreposage de combustibles nucléaires est décidée par décret en Conseil d'État. Les articles 3 et 4 adaptent les règles d'utilisation des sols et d'implantation applicables à ces constructions ainsi que l'autorisation environnementale requise pour la création du réacteur et des équipements et installations nécessaires à son exploitation. L'article 1er A abroge le 5° du I de l'article L. 100-4 du code de l'énergie, l'article 1er B ajoute aux objectifs de la politique énergétique la poursuite d'un effort de recherche et d'innovation en direction de l'énergie nucléaire et de l'hydrogène bas-carbone, et l'article 1er C remplace, au 4° du I de l'article L. 100-1 A, le mot « diversification » par le mot « décarbonation ». L'article 1er D prévoit la remise au Parlement, avant le dépôt du projet de loi prévu au I de l'article L. 100-1 A du code de l'énergie, d'un rapport évaluant l'impact de la construction de quatorze réacteurs pressurisés européens.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Les moyens du texte d'ensembleet leur sort
  • Supprimer l'objectif de 50 % de nucléaire en 2035 Adopté

    L'article 1er retire du code de l'énergie l'objectif de ramener la part du nucléaire à 50 % de la production d'électricité d'ici 2035, fixé par la loi de transition énergétique de 2015, et lève le plafond de capacité nucléaire installée (ajouts issus du Sénat).

  • Procédures accélérées pour bâtir près des sites existants Adopté

    Le texte instaure, pour vingt ans, des procédures d'urbanisme et environnementales dérogatoires pour les réacteurs construits à proximité immédiate d'installations nucléaires existantes.

  • Aggraver les sanctions pénales en cas d'intrusion dans une centrale Censuré

    L'article 26 durcissait les peines encourues en cas d'intrusion sans autorisation dans une installation nucléaire.

    Censuré par le Conseil constitutionnel comme « cavalier législatif », c'est-à-dire adopté sans lien suffisant avec le texte initial (décision n° 2023-851 DC du 21 juin 2023).

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
74LFI22GDR22EcoSdivisé31SOC20LIOT51DEM170RE29HOR61LR88RN5NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale1201
Gauche démocrate et républicaine - NUPES300
Écologiste - NUPES504
Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES)600
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires300
Démocrate (MoDem et Indépendants)141
Renaissance0512
Horizons et apparentés060
Les Républicains006
Rassemblement National2600
Non inscrit100

Ce qui s'est dit sur cet amendement

Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 343 en séance (Accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires et fonctionnement des installations existantes), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.

M. Sébastien Jumel GDR
« Nous pourrions considérer qu’il s’agit d’un amendement de précision, tant il a vocation à recueillir un consensus sur tous les bancs. On ne produit pas de l’énergie nucléaire comme on fabrique des bonbons – tout le monde en conviendra ; c’est un sujet sérieux, dans lequel les questions d’expertise, de sécurité et de sûreté sont déterminantes. En la matière, nous sommes attachés à la maîtrise publique : cela devrait faire consensus, d’autant qu’EDF est appelée à être détenue à 100 % par l’État. Par cet amendement, nous souhaitons affirmer qu’en cas de construction ou d’exploitation d’un réacteur, il incombera à EDF d’en assumer la responsabilité : cela va de soi. »
Mme Maud Bregeon (rapporteure)
« Bien que je partage votre attachement pour le service public de l’électricité, je suis défavorable à votre amendement, pour une raison précise : le projet de loi inclut notamment des petits réacteurs modulaires, dits SMR. Or d’autres acteurs pourraient intervenir sur les SMR, comme des start-up, même à petite échelle. Ce serait d’ailleurs une très bonne chose. […] Cela ne change rien au fait que le parc historique, tout comme les futurs EPR 2 – qu’ils soient six, huit, dix ou quatorze – relèveront d’EDF pour la maîtrise d’ouvrage comme pour l’exploitation. Cependant, dans la mesure où le projet de loi ne se limite pas aux EPR 2, l’amendement n’est pas opportun. »
Mme Agnès Pannier-Runacher (ministre)
« Les exercices de sûreté sont les mêmes, qu’il s’agisse des SMR ou d’autres types de réacteurs électrogènes. Ne mélangeons pas tout. Une fois de plus, je déplore votre volonté de brouiller les cartes et de proférer des contrevérités. Nous nous contentons de dire que des start-up pourraient développer des projets indépendamment d’EDF. Si, à l’avenir, une start-up arrive à développer un réacteur de quatrième génération – pour ne prendre que cet exemple –, je ne vois pas pourquoi nous nous priverions de cette technologie. […] Avis défavorable. »
M. Sébastien Jumel GDR
« Je souhaite que Mme Battistel intervienne aussi, mais il s’agit de mon amendement. Quoi qu’il en soit, sur un sujet aussi sérieux, et en réponse aux arguments de Mme la rapporteure, il ne me paraîtrait pas choquant que chaque groupe exprime son point de vue – j’ai vu que M. Marleix avait demandé la parole. EDF, forte de son expertise et de son statut – que nous voulons public –, forte de l’intelligence de ses ingénieurs et de ses techniciens, forte de ses mécanismes de contrôle – y compris au sein de son conseil d’administration, où la présence de l’État, des administrateurs et des associations d’usagers devrait être renforcée –, offre des garanties de sûreté, de sécurité et de maîtrise. »
Mme Marie-Noëlle Battistel SOC
« Nous soutiendrons l’amendement de M. Jumel, car nous défendons depuis toujours une maîtrise publique de l’énergie – plus encore dans le nucléaire que dans d’autres domaines. La maîtrise d’ouvrage doit être assurée par EDF, ce qui ne l’empêchera pas de travailler avec qui elle souhaite, y compris des start-up. Si nous allions en sens contraire, nous mettrions en cause le principe de l’Arenh, fondé sur le monopole d’EDF en matière de nucléaire – les députés LR l’ont évoqué. Nous souhaitons qu’EDF ait la maîtrise de tous les projets nucléaires qui seront validés en France. »
M. Jean-Philippe Tanguy RN
« Au risque de vous décevoir, madame la présidente, je suis pour l’amendement, mais je promets d’être très bref. Je pense que M. Jumel a raison et que les arguments de Mmes la rapporteure et la ministre ne tiennent pas. Dans le cadre d’un projet de SMR mené par une start-up, EDF peut très bien envisager une prise de participation capitalistique visant à contrôler une start-up ou à la financer par des capitaux propres. En effet, étant donné que la construction d’un prototype nécessite dans tous les cas une entrée massive de capitaux, nous préférons que ceux-ci proviennent d’EDF plutôt que d’une entreprise privée sur laquelle l’État n’a aucun contrôle. »

2 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.

Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 12 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires et fonctionnement des installations existantes), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

Mme Agnès Pannier-Runacher (ministre de la transition énergétique)
« Après la promulgation, vendredi, de la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, voici venu le temps de vous prononcer sur le deuxième pilier de la stratégie du Gouvernement en matière de transition énergétique, consacré à la relance de notre filière nucléaire. »
Mme Maud Bregeon (rapporteure de la commission des affaires économiques)
« Il y a un peu plus d’un an, le discours de Belfort du Président de la République dressait les ambitions de la majorité présidentielle en matière de nucléaire. L’heure est venue de concrétiser ensemble ces engagements en actes. »
M. Guillaume Kasbarian (président de la commission des affaires économiques)
« Depuis 2017, notre majorité agit pour renouer durablement avec la croissance, le plein emploi et la réindustrialisation du pays. Pour atteindre ces objectifs économiques, la mère des batailles, c’est celle de l’énergie. »
Mme Marie-Noëlle Battistel SOC
« Jamais, depuis les chocs pétroliers de 1973 et 1979, les enjeux énergétiques n’auront pris une place si importante dans le débat public et le quotidien de nos concitoyens : des enjeux de sobriété et de décarbonation pour faire face aux défis de la transition écologique et de l’adaptation au changeme… »
Mme Julie Laernoes ECOS
« Nous contestons fortement l’opportunité de ce projet de loi car il va bien au-delà de son objet initial. En maintenant la suppression de nos objectifs de réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique, et en y inscrivant votre volonté de construire quatorze EPR, vous foulez du pied vos en… »
M. Sébastien Jumel GDR
« Certains des propos de notre collègue socialiste Battistel sont justes et légitimes et nous partageons certaines de ses analyses. C’est vrai, le Gouvernement s’y prend à l’envers. »
M. Benjamin Saint-Huile LIOT
« Comme M. Jumel, le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires partage une partie du constat de Mme Battistel, et s’interroge sur le calendrier du Gouvernement, sur sa méthode et sur ses choix parfois surprenants, pour ne pas dire hasardeux. »
M. Nicolas Dragon RN
« Avec 220 000 emplois, la filière nucléaire constitue la troisième industrie française, derrière l’aviation et l’automobile. En matière énergétique, elle a contribué pendant des décennies à notre indépendance nationale. »
M. Christophe Bex LFI
« Le 6 mars 1974, trois semaines avant le décès du président Pompidou, Pierre Messmer, premier ministre, annonce, sans aucune discussion ni aucun débat, que le pays fait le choix de l’atome. En plein choc pétrolier, l’indépendance énergétique est un argument massue. »
M. Olivier Marleix LR
« Décidément, nos collègues du groupe Socialistes sont étonnants. Il y a quelques jours à peine, avec un relent de patriotisme économique qu’on ne leur avait pas connu depuis longtemps, ils défendaient un texte visant à nationaliser EDF,… »
Mme Louise Morel DEM
« Encore une fois déposée par nos collègues de la NUPES, cette motion de rejet ne nous surprend pas, quand bien même elle constitue un nouveau déni de réalité. »
M. Xavier Albertini HOR
« Le projet de loi relatif à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes constitue l’un des principaux piliers de l’évolution de la stratégie énergétique français… »

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue