Amendement n° 14 · ART. 2 BIS, déposé par M. Abad et M. Saulignac +1 cosignataire.
L'essentiel : Sur le don du sang, cet amendement voulait remplacer une formulation jugée discriminatoire envers les couples d’hommes, afin, selon ses auteurs, que la sélection des donneurs repose sur le comportement sexuel et non sur l’orientation sexuelle.
Texte exact de l'amendement
À l’alinéa 2, substituer aux mots : « pour toute homme donneur et toute femme » les mots : « s’agissant des critères de sélection du donneur ou de la ».
Exposé des motifs de l'auteur·rice
Cet amendement vise à préciser l’intention du législateur et vise à mettre fin aux critères discriminatoires de sélection opposé aux couples d’hommes dans la pratique du don du sang. Dans le cas d’un don de sang total et d’aphérèse, ces derniers se voient en effet opposer une abstinence de douze mois alors qu’elle est de quatre mois en règle générale. Au terme de la directive européenne du 22 mars 2004, différents facteurs sont identifiés permettant d’exclure les personnes dont les dons pourraient présenter un risque sanitaire, par exemple le risque de transmission de maladies. Le comportement sexuel est ainsi identifié et demeure un critère d’exclusion en ce qu’il expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang. La sélection ne doit pas s’opérer selon l’orientation sexuelle mais bien selon le comportement sexuel quelle que soit la configuration dans laquelle se trouve le donneur (célibataire, couple d’hommes, couple de femmes ou couple hétérosexuel) tout en tenant compte des exigences de la sécurité du don du sang.
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 16 mai 2018 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
- 11 octobre 2018 1re lecture Assemblée Adopté
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Ce texte de loi prévoit de donner aux salariés du secteur public et privé deux heures par semestre pour participer au don du sang, avec maintien de leur rémunération. Il modifie les conditions d’âge pour les mineurs concernant le don du sang. Il engage l’État et les collectivités territoriales à mener des campagnes d’information sur le don du sang. Il prévoit également que les médicaments dérivés du sang importés soient soumis aux mêmes exigences de sécurité que ceux produits en France. Enfin, il institue une taxe pour compenser les coûts liés à ces mesures.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 5 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 0 | 1 | 0 |
| Socialistes et apparentés | 3 | 0 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 6 | 0 | 0 |
| La République en Marche | 2 | 29 | 1 |
| UDI, Agir et Indépendants | 2 | 0 | 0 |
| Les Républicains | 6 | 0 | 5 |
| Non inscrit | 1 | 0 | 1 |
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 14 en séance (Consolidation du modèle français du don du sang), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Si vous le voulez bien, monsieur le président, je laisserai à M. Saulignac le soin de présenter cet amendement, dont l’initiative lui revient. Ce débat est intéressant et mérite quelques précisions. Madame la ministre, ne nous méprenons pas ; nous n’ajoutons pas de critères de sélection supplémentaires dans la loi. Nous précisons simplement que l’exclusion d’un groupe de donneurs doit reposer sur des motifs de santé publique et pas d’orientation sexuelle. Dès lors, nous considérons que l’arrêté d’avril 2016 est contraire à l’esprit de la loi de modernisation de notre système de santé, en vertu de laquelle « Nul ne peut être exclu du don de sang en raison de son orientation sexuelle. » »
« Je serai d’autant plus bref que Damien Abad vient de présenter parfaitement l’amendement. Il s’agit bien de préciser l’intention du législateur. On peut bien se réfugier derrière la loi : qu’on le veuille ou non, il demeure une exclusion, au travers de l’arrêté. Elle est temporaire certes, pour douze mois, mais elle demeure. Rien ne sera figé si l’amendement est adopté puisqu’en cas d’épidémie imprévue, en Guyane ou n’importe où ailleurs, madame la ministre, rien ne vous empêchera de prendre un arrêté. Cet amendement, qui nous préserve de toute forme de discrimination, ne fait pas obstacle à un tel arrêté. »
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 10 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel
Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Consolidation du modèle français du don du sang), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.
« Monsieur le président, madame la ministre des solidarités et de la santé, madame la présidente de la commission des affaires sociales, chers collègues, au cours de sa réunion du mercredi 3 octobre dernier, la commission des affaires sociales a adopté une proposition de loi déposée à l’initiative du… »
« Monsieur le président, madame la présidente de la commission des affaires sociales, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les députés, vous le savez, évoquer le don du sang, c’est parler du lien à la fois intime et anonyme entre un donneur et un receveur. »
« Monsieur le président, madame la ministre, madame la présidente de la commission, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, le groupe parlementaire Les Républicains a décidé d’inscrire à l’ordre du jour de sa niche parlementaire l’excellente proposition de loi de Damien Abad visant à consolider l… »
« Donner son sang est un acte de solidarité, un acte citoyen, un acte vital. C’est considérer que l’on peut donner de son temps – même si, rappelons-le, le don du sang ne prend au total que quarante-cinq minutes – et un peu de soi à un inconnu. »
« Rebaptisé « or rouge », le sang est devenu, dans certains pays, un business lucratif. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la rémunération du don est pratiquée dans plus de soixante-dix pays. Aux États-Unis, le don est rémunéré en moyenne aux alentours de 50 euros. »
« Permettez-moi tout d’abord de saluer la qualité du travail réalisé par notre collègue Damien Abad. Avec cette proposition de loi, il nous rappelle qu’il faut saluer les vertus du modèle français. »
« Je suis heureuse de porter aujourd’hui la voix du groupe La France insoumise sur la présente proposition de loi. Ce texte aurait pu, si le Gouvernement n’avait pas freiné des quatre fers, être la preuve qu’un travail parlementaire bien mené peut aboutir à des propositions importantes et bénéfiques a… »
« Le don du sang constitue l’un des actes les plus précieux en termes de générosité. En France, contrairement à d’autres pays qui privilégient le caractère marchand, ce don est une offrande, un véritable don, bâti sur un modèle éthique et solidaire dont les principaux fondements reposent sur les valeu… »
« Chaque année on comptabilise 2,5 millions de dons de sang et 1,7 million de nos concitoyens viennent donner un peu de cet « or rouge ». Combien en sont écartés ? Combien de personnes venues donner leur sang, par solidarité, ont vu leur don refusé parce qu’elles ne répondent pas aux critères ? »
« « Il y a une fausse humanité dont il faut se défier autant que de la fausse vertu se nommant hypocrisie », aimait à dire Émile de Girardin, farouche défenseur de la liberté d’expression. »