Amendement n° I-456 · APRÈS ART. 10, déposé par M. Abad +30 cosignataires.
L'essentiel : Les médecins généralistes s’installant dans les zones de désertification médicale auraient bénéficié, selon l’auteur et à titre expérimental pendant trois ans, d’une exonération totale sur leur bénéfice imposable.
Texte exact de l'amendement
I. – À titre expérimental et pour une durée maximale de trois ans, les médecins généralistes installant leur cabinet libéral dans les zones de désertification médicale définies par arrêté ministériel, bénéficient d’un abattement total sur le bénéfice imposable. II. – La perte de recettes pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
Exposé des motifs de l'auteur·rice
La France des territoires, riche de sa diversité, ne doit pas être la grande délaissée de la République. Si la métropolisation a permis à la France de conserver son rang international, elle a accentué les fractures et les inégalités internes. Pour la première fois depuis plus d’un siècle, 51 % des Français vivent dans les communes de moins de 10 000 habitants. Ce chiffre est éloquent : il traduit la nécessité de trouver un modèle complémentaire et alternatif à celui des métropoles qui est celui de la France des territoires. La fracture médicale est une réalité pour un nombre croissant de Français. Le manque de médecins dans de nombreuses communes françaises résulte d’un recrutement trop restreint et d’une concentration dans les zones les plus riches. Entre 2007 et 2016, le nombre de généralistes en France a diminué de 8,7 %. Plus de trois millions de personnes peinent désormais à trouver un médecin traitant. Le nombre de médecins qui vont partir à la retraite dans les prochaines années conduit à encore plus de disparité. Ce phénomène est accentué par une grande disparité entre les départements : si on dénombre 798 médecins pour 100 000 habitants à Paris, ils ne sont que 180 pour 100 000 habitants dans l’Eure. La prise en compte des spécificités de la France des territoires et le renforcement de la solidarité nationale en leur faveur passe nécessairement par une réponse efficac…
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 27 septembre 2017 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
- 21 novembre 2017 1re lecture Assemblée Adopté
- 12 décembre 2017 1re lecture Sénat Modifié
- 13 décembre 2017 Commission mixte paritaire Accord
- 15 décembre 2017 Nouvelle lecture Assemblée Adopté
- 19 décembre 2017 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
- 21 décembre 2017 Lecture définitive Assemblée Adopté
- 28 décembre 2017 Conseil constitutionnel Partiellement conforme
- 30 décembre 2017 Promulgation loi n° 2017-1837
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Le texte est le projet de loi de finances pour 2018. Son article 1er autorise la perception, pendant l'année 2018, des ressources de l'État et des impositions de toute nature affectées à d'autres personnes morales, et son article 2 indexe sur l'inflation le barème de l'impôt sur le revenu, en relevant notamment le montant mentionné au second alinéa de l'article 196 B du code général des impôts de 5 738 à 5 795 euros. L'article 3 instaure un dégrèvement de la taxe d'habitation sur la résidence principale et l'article 7 modifie les modalités de calcul et de répartition de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Plusieurs articles portent sur la taxe sur la valeur ajoutée : aménagement de l'assiette du taux réduit applicable aux services de presse en ligne dans leurs versions numériques, exonération pour certains services à la personne et extension de l'exonération applicable aux psychologues et psychothérapeutes ainsi qu'aux chiropracteurs. L'article 8 proroge et aménage le crédit d'impôt pour la transition énergétique.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 0 | 0 | 4 |
| Gauche démocrate et républicaine | 1 | 1 | 1 |
| Nouvelle Gauche | 2 | 2 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 0 | 11 | 0 |
| La République en Marche | 1 | 72 | 1 |
| Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants | 4 | 0 | 0 |
| Les Républicains | 13 | 0 | 0 |
| Non inscrit | 1 | 0 | 0 |
Mises au point de vote 2
Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.
- Émilie Chalas LREM Vote enregistré Contre Position déclarée ne pas prendre part au vote
Une autre mise au point émane de député·es qui ne figurent pas dans le relevé nominatif de ce scrutin : aucun vote n'y est enregistré à leur nom.
- Jacqueline Dubois LREM Vote enregistré aucun Position déclarée voter contre
Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 456 en séance (Projet de loi de finances pour), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Je ne doute pas que j’obtiendrai le même succès avec cet amendement. Il concerne la fracture médicale, qui est, comme vous le savez, une réalité pour un nombre croissant de Français. Le manque de médecins dans de nombreuses communes françaises résulte à la fois d’un recrutement trop restreint et d’une concentration dans les zones les plus denses. Entre 2007 et 2016, le nombre de généralistes en France a diminué de 8,7 %. Plus de 3 millions de personnes peinent désormais à trouver un médecin traitant. Le phénomène va même continuer à s’accentuer : le départ à la retraite de nombreux médecins dans les prochaines années va creuser encore les disparités. »
« Je suis étonné que l’avis soit défavorable, car ce sujet est devenu extrêmement important. Comme notre collègue Damien Abad l’a clairement indiqué, la question de la désertification médicale en milieu rural doit être prise à bras-le-corps. Or cette disposition permettrait de le faire. D’ailleurs, cette proposition est formulée également par un certain nombre d’organisations professionnelles. Ce serait une mesure incitative : l’incitation est toujours préférable à la coercition. Il est vraiment dommage que le Gouvernement réagisse comme il le fait aujourd’hui. »
« Comme nos deux collègues viennent de l’indiquer à juste titre, la réponse à la désertification médicale ne peut pas passer uniquement par un programme immobilier : il faut susciter des vocations pour que les médecins s’installent en milieu rural. Il est impératif de prendre des mesures incitatives. Il serait judicieux d’expérimenter celle-ci. »
« Je soutiens moi aussi cette mesure, car le problème est réel et n’est pas seulement immobilier. Sur le fond, nous sommes confrontés à un problème général d’attractivité de certains territoires. J’ignore jusqu’où nous pourrons aller dans la démarche incitative, mais la disposition qui nous est proposée ici fait partie des mesures possibles. Dans ma circonscription, il y a une petite ville qui possède une maison de santé pluridisciplinaire, mais aucun médecin ne veut s’y installer car il y a une zone franche urbaine à une vingtaine de kilomètres – ce débat rejoint d’ailleurs en partie celui que nous avons eu sur les zones franches. »
« Le sujet est extrêmement important. En tout cas, on ne peut pas nous reprocher de ne rien faire pour les zones rurales alors que la quasi-totalité des amendements auxquels le Gouvernement a donné un avis favorable les concernent. Tout le monde a conscience du problème soulevé par M. Abad. Le département où j’ai été élu est l’un des plus sinistrés en matière d’accès aux soins. […] Non, il n’y a guère pire que le département de l’Eure en matière d’accès aux soins. […] En effet, il y a peut-être le vôtre, monsieur Vigier. Les difficultés d’accès aux soins constituent un malheur et une injustice, et nos deux départements sont particulièrement mal classés en la matière. »
« Une mesure ne peut suffire à elle seule, pas plus la mesure fiscale que vous proposez qu’une autre ; il faut prendre un ensemble de mesures. […] Les maisons de santé pluridisciplinaires sont effectivement très pertinentes, comme peuvent l’attester ceux qui les ont vues fonctionner. […] Il y a un vrai problème d’installation. Donc, tablons d’abord sur les médecins en exercice avant de penser aux médecins qui les rejoindront dans dix ans. »
23 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.