Amendement n° I-225 · ART. 12, déposé par M. Lurton +29 cosignataires.
L'essentiel : Les locaux professionnels loués à des entreprises pour une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale auraient été exclus de l’assiette de l’ISF, selon l’auteur, pour ne pas décourager ce type d’investissement.
Texte exact de l'amendement
I. – Après l’alinéa 19, insérer l’alinéa suivant : « a bis) Les biens ou droits immobiliers détenus en France par des propriétaires de plein droit ou en sociétés, lorsque ces biens ou droits immobiliers sont loués pour l’exercice d’une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale ; II. – Compléter cet article par l'alinéa suivant : IX. – La perte de recettes pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Exposé des motifs de l'auteur·rice
L’objet de cet amendement est de retirer de l’imposition à l’ISF les locaux, établis en France, de propriétaires de plein droits ou en sociétés qui sont loués à une entreprise pour être affectés à son activité. En effet, soumettre à l’ISF ce types de locaux risque de dissuader les propriétaires investisseurs d’acquérir ou de conserver ce patrimoine créateur d’emplois lorsqu’il est affecté à une activité et de les orienter plutôt vers des placements financiers qui eux, seront désormais exonérés d’ISF.
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 27 septembre 2017 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
- 21 novembre 2017 1re lecture Assemblée Adopté
- 12 décembre 2017 1re lecture Sénat Modifié
- 13 décembre 2017 Commission mixte paritaire Accord
- 15 décembre 2017 Nouvelle lecture Assemblée Adopté
- 19 décembre 2017 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
- 21 décembre 2017 Lecture définitive Assemblée Adopté
- 28 décembre 2017 Conseil constitutionnel Partiellement conforme
- 30 décembre 2017 Promulgation loi n° 2017-1837
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Le texte est le projet de loi de finances pour 2018. Son article 1er autorise la perception, pendant l'année 2018, des ressources de l'État et des impositions de toute nature affectées à d'autres personnes morales, et son article 2 indexe sur l'inflation le barème de l'impôt sur le revenu, en relevant notamment le montant mentionné au second alinéa de l'article 196 B du code général des impôts de 5 738 à 5 795 euros. L'article 3 instaure un dégrèvement de la taxe d'habitation sur la résidence principale et l'article 7 modifie les modalités de calcul et de répartition de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Plusieurs articles portent sur la taxe sur la valeur ajoutée : aménagement de l'assiette du taux réduit applicable aux services de presse en ligne dans leurs versions numériques, exonération pour certains services à la personne et extension de l'exonération applicable aux psychologues et psychothérapeutes ainsi qu'aux chiropracteurs. L'article 8 proroge et aménage le crédit d'impôt pour la transition énergétique.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 0 | 7 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 0 | 1 | 0 |
| Nouvelle Gauche | 0 | 4 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 2 | 3 | 2 |
| La République en Marche | 1 | 57 | 0 |
| Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants | 2 | 0 | 0 |
| Les Républicains | 12 | 0 | 0 |
| Non inscrit | 1 | 0 | 0 |
Mises au point de vote 1
Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.
- Marion Lenne LREM Vote enregistré Pour Position déclarée voter contre
Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 225 en séance (Projet de loi de finances pour), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Cet amendement rejoint celui qui vient d’être défendu par notre collègue Jean-Paul Mattei. Pour l’illustrer, je vais vous raconter la situation d’une entreprise de ma circonscription. Cette entreprise, qui compte environ vingt salariés, loue des locaux à un ancien industriel qui a pris sa retraite. En plein développement, elle a besoin de s’agrandir et s’apprête à créer trente emplois. […] Le propriétaire va donc renoncer à investir, l’entreprise va partir, les trente emplois ne seront pas créés, et l’économie ne fonctionnera pas. Voilà les conséquences de la position que vous adoptez ! »
« Cet amendement poserait un gros problème : en effet, s’il suffisait de louer à une entreprise pour être exonéré d’IFI, alors de nombreux propriétaires arrêteraient de louer leurs biens immobiliers à des particuliers pour les louer à des entreprises, ce qui déséquilibrerait le marché immobilier. Je pense que vous êtes sensible à ce problème, monsieur Lurton. »
« Je ne voudrais pas que M. Lurton pense que je balaie son amendement d’un revers de main. La ligne rouge qui sépare l’IFI de l’exonération de l’IFI, c’est le travail : le bien est-il affecté à votre activité professionnelle et à votre travail ? Si tel est le cas, vous êtes exonéré de l’IFI. Si c’est votre habitation principale, il entre dans le cadre de l’IFI. Dans votre amendement, monsieur Lurton, vous envisagez le cas de biens immobiliers, comme des bureaux, qui seraient loués à une structure tierce, mais cette dernière ne sert pas pour autant votre activité professionnelle, en tout cas pas tout de suite. »
« Ce débat est évidemment intéressant. Il montre que la création de l’IFI est très compliquée, et même trop compliquée. […] Définir la ligne de partage n’est pas aussi simple que vous le dites. Du reste, vous le dites en refusant, et créez ainsi une ligne de partage artificielle. De nombreuses entreprises souhaitent externaliser leur immobilier, pour ne pas le porter. Des propriétaires peuvent ainsi louer à une entreprise, même s’ils n’exploitent pas eux-mêmes : ils s’inscrivent alors dans la création, dans la chaîne de valeur, en portant cet immobilier, qui génère un loyer. »
« Je soutiendrai bien évidemment cet amendement. Investir dans l’immobilier est, surtout dans le cas d’une entreprise ou d’une industrie, aussi important qu’investir directement dans l’entreprise, car c’est un élément d’exploitation. Je ne partage pas tout à fait le point de vue du rapporteur général sur l’inconstitutionnalité du dispositif proposé. Une condition est en effet fixée, à savoir que la location ait plus d’un an – le pacte Dutreil fixe lui aussi une condition de détention. »
« Mon propos s’inscrira dans la ligne de ceux que viennent de tenir M. Mattei et M. Lurton, et j’y ajouterai quelques exemples. Je prendrai d’abord celui d’une entreprise artisanale de peinture établie à L’Aigle, où j’habite, et dont le dirigeant doit partir à la retraite. L’un de ses salariés serait disposé à reprendre l’entreprise, mais il n’a pas les moyens de financer à la fois la reprise du fonds de commerce de l’entreprise et celle de l’immobilier, et n’a pas d’appui bancaire pour le faire. Il prévoit donc de reprendre uniquement l’exploitation, le fonds de commerce. »
3 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.