Amendement n° I-1127 · APRÈS ART. 2, déposé par M. Le Fur +25 cosignataires.
L'essentiel : Les associations reconnues coupables d’actes d’intrusion ou de violence envers des professionnels de l’agriculture n’auraient plus pu faire bénéficier leurs donateurs de la réduction d’impôt sur les dons.
Texte exact de l'amendement
Le b de l’article 200 du code général des impôts est complété par une phrase ainsi rédigée : « Le bénéfice de la réduction d’impôts au titre du présent b est exclu pour les associations reconnues coupables d’actes d’intrusion sur les propriétés privées et établissements industriels ou d’actes de violence vis à vis de professionnels. »
Exposé des motifs de l'auteur·rice
Depuis plusieurs mois, les professionnels de l’agriculture ne cessent d’alerter les pouvoirs publics et les parlementaires sur la recrudescence d’actes de malveillance envers les agriculteurs de la part d’associations activistes. . Ce développement de « l’agribashing » et de ses dérives n’est d’ailleurs pas nié par les pouvoir publics puisqu’à la suite l’agression physique d’un agriculteur en train de traiter ses cultures en mars 2019 dans l’Ain, le Ministre de l’agriculture « inquiet » des agressions qui se multiplient à l’encontre des agriculteurs a annoncé au mois d’avril 2019 le lancement d’un « observatoire contre l’agribashing », testé dans un premier temps dans la Drôme. Par ailleurs, depuis plusieurs mois des actions chocs d’une grande violence de la part des mouvements activistes antispécistes, qui témoignent d’une forme de radicalité inquiétante se sont multipliées vis-à-vis des professionnels de la viande (éleveurs, abatteurs, professionnels de l’agroalimentaire, bouchers-charcutiers. Or, ces associations sont financées par des dons et bénéficient par conséquent de la réduction d’impôt de l’article 220 du code général des impôts. C’est pourquoi, le présent amendement vise à exclure du bénéfice de la réduction d’impôt de l’article 200 du code général des impôts les associations reconnues coupables d’actes d’intrusion et/ou de violence vis à vis des professionnels.
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 27 septembre 2019 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
- 19 novembre 2019 1re lecture Assemblée Adopté
- 10 décembre 2019 1re lecture Sénat Modifié
- 11 décembre 2019 Commission mixte paritaire Accord
- 17 décembre 2019 Nouvelle lecture Assemblée Adopté
- 18 décembre 2019 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
- 19 décembre 2019 Lecture définitive Assemblée Adopté
- 27 décembre 2019 Conseil constitutionnel Partiellement conforme
- 28 décembre 2019 Promulgation loi n° 2019-1479
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Le texte autorise la perception, pendant l'année 2020, des ressources de l'État et des impositions de toute nature affectées à d'autres personnes morales. Il baisse l'impôt sur le revenu à compter des revenus de l'année 2020, anticipe cette baisse dans le calcul des taux de prélèvement à la source et indexe le barème applicable aux revenus de 2019. Il supprime la taxe d'habitation sur les résidences principales et réforme le financement des collectivités territoriales. Il place le crédit d'impôt pour la transition énergétique sous condition de ressources avant sa suppression en 2021 et son remplacement par une prime pour les ménages modestes, et abaisse le taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable à certains logements locatifs sociaux. Il prévoit aussi la domiciliation fiscale en France des dirigeants des grandes entreprises françaises, la suppression de taxes à faible rendement et la limitation dans le temps de certaines dépenses fiscales.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 0 | 1 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 0 | 1 | 0 |
| Socialistes et apparentés | 0 | 0 | 1 |
| Libertés et Territoires | 0 | 1 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 0 | 4 | 0 |
| La République en Marche | 0 | 32 | 1 |
| UDI, Agir et Indépendants | 0 | 3 | 0 |
| Les Républicains | 12 | 0 | 0 |
| Non inscrit | 0 | 0 | 0 |
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 1127 en séance (Projet de loi de finances pour), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Il faut situer cet amendement dans son contexte. Nos agriculteurs sont victimes depuis plusieurs mois d’intrusions nocturnes dans les élevages. Le principal objectif de ces intrusions consiste à tourner des vidéos qui sont ensuite largement diffusées sur l’internet, dans l’intention de discréditer l’élevage et l’exploitation concernée. Parfois, ces agissements vont jusqu’à des agressions. Je parle sous le contrôle de Véronique Louwagie : une exploitation agricole de l’Orne a été attaquée récemment. Ce fut aussi le cas d’abattoirs, dans l’Ain en particulier. Certaines des associations impliquées dans ces opérations revendiquent explicitement cette violence. »
« Je suis moi aussi choqué par ces attaques dramatiques de boucheries ou d’installations agricoles. Néanmoins, votre amendement pose un problème. En effet, lorsqu’une personne est condamnée, elle l’est intuitu personæ. Ce ne sont pas les associations qui sont condamnées. Si ce sont elles que vous visez avec cet amendement, il sera sans effet. Et si vous souhaitez exclure de ce bénéfice fiscal les associations dont les membres ont été reconnus coupables, il ne pourra s’appliquer non plus, en raison du principe constitutionnel de personnalité des peines. […] Votre amendement ne peut donc fonctionner. Avis défavorable. »
« Je partage l’avis de mon collègue Marc Le Fur. C’est un vrai sujet, qui suscite une inquiétude réelle dans nos campagnes, et même des tensions aujourd’hui. La question du financement de ces associations antispécistes mériterait d’ailleurs une commission d’enquête à l’Assemblée nationale. Il me semble qu’offrir un avantage fiscal, comme c’est le cas aujourd’hui, à ces associations dont certaines se radicalisent et mettent à mal nos bouchers, nos charcutiers et nos éleveurs, revient à envoyer un très mauvais signal. Nous devons être clairs : on ne peut accepter le terrorisme alimentaire en France. »
« On ne peut que souscrire au but poursuivi par cet amendement, mais il ne fonctionnera pas. […] Nous sommes ici pour définir la loi. Encore une fois, vous avez demandé un scrutin public sur l’air de « on assume nos votes ! ». […] Je ne voterai pas en faveur de cet amendement qui, techniquement, ne fonctionnera pas. Vous vous référez au point b de l’article 200 du code général des impôts, mais en réalité il faudrait que l’association elle-même soit condamnée elle-même – ce qui permettrait de l’interdire. Ce n’est pas avec ce type d’amendement que vous ferez avancer cette cause. »
« Vous nous dites que cela ne fonctionne pas, monsieur le rapporteur général, parce que ce sont les donateurs qui bénéficient de la réduction d’impôt et non les associations ; mais il y a un côté très moral dans cette affaire. Ces associations bénéficient de dons importants en raison de cette réduction d’impôt, et qui dit réduction d’impôt dit financement par l’État : est-il moral que l’État finance ce type d’associations ? […] À cette question, personne ici ne peut répondre par l’affirmative. Doit-on alors continuer d’aider ces associations ? Non ! […] En tant que législateurs, il nous appartient d’intervenir, monsieur Mattei. Si nous ne le pouvons pas, il ne sert plus à rien de siéger ici. »
« Nos collègues Le Fur et Louwagie posent un vrai problème : de quels outils dispose la République pour faire face à des agissements de nature criminelle, car c’est un crime que d’incendier des biens privés ? Mais la solution qu’ils proposent n’est pas du tout la bonne. […] Je rappelle que le droit d’association est un droit constitutionnel, constitutionnellement garanti. La bonne solution, c’est celle qui a prévalu pour les associations d’extrémistes, à savoir la dissolution de l’association. […] Je ne sais pas ce qu’en pense le représentant du Gouvernement, mais il me semble que la solution est là. »
4 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.