Amendement n° 158 · ART. 4, déposé par M. Vallaud NG +30 cosignataires.
L'essentiel : Cet amendement de M. Vallaud proposait d’ouvrir à la délégation du personnel au comité social et économique un droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes, dans les entreprises de moins de cinquante salariés.
Texte exact de l'amendement
Après l’alinéa 1, insérer les deux alinéas suivants : « 1° A L’article L. 2312‑5 est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Elle exerce le droit d’alerte dans les conditions prévues aux articles L. 2312‑59 et L. 2312‑60 et aux articles L. 4131‑1 à L. 4133‑4 ».
Exposé des motifs de l'auteur·rice
Cet amendement un peu long traite d’un sujet majeur : les atteintes aux droits des personnes. Alors que, jour après jour, l’actualité nous rapporte de terribles échos de faits de harcèlement moral ou sexuel, vous n’ouvrez le droit d’alerte au CSE en cas de danger grave et imminent qu’aux seules entreprises de plus de cinquante salariés. Considérez-vous qu’il n’est pas nécessaire de permettre un droit d’alerte en cas d’atteinte au droit des personnes dans les entreprises de moins de cinquante salariés ? De tels agissements seraient-ils inexistants dans ces entreprises ? Il est important que nous levions cette ambiguïté et que le CSE ait le même droit d’alerte dans toutes les entreprises, qu’elles aient plus ou moins de cinquante salariés. Lors de l’examen en commission Monsieur le Rapporteur a affirmé que la réforme se fait à droit constant. Depuis lors nous avons fait un certain nombre d’auditions d’experts sur ce sujet et ils sont tous formels : vous supprimez bien le droit d’alerte dans les entreprises de moins de 50 salariés. Je vous rappelle que l’actuel article L. 2313‑2 du code du travail prévoit que les délégués du personnel, dont la présence est obligatoire dans les entreprises de plus de 10 salariés. Contrairement à ce que vous affirmez, votre réforme ne se fait pas à droit constant. C’est pourquoi nous proposons de rétablir ce droit d’alerte en cas d’atteinte aux dro…
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 27 septembre 2017 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
- 28 novembre 2017 1re lecture Assemblée Adopté
- 24 janvier 2018 1re lecture Sénat Modifié
- 1er février 2018 Commission mixte paritaire Accord
- 6 février 2018 Lecture des conclusions de la CMP Assemblée Adopté
- 14 février 2018 Commission mixte paritaire Adopté
- 21 mars 2018 Conseil constitutionnel Partiellement conforme
- 29 mars 2018 Promulgation loi n° 2018-217
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Le texte ratifie les ordonnances prises sur le fondement de la loi d'habilitation du 15 septembre 2017, à commencer par l'ordonnance n° 2017-1385 du 22 septembre 2017 relative au renforcement de la négociation collective et l'ordonnance n° 2017-1386 du même jour relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l'entreprise. L'exposé des motifs rappelle le champ de cette habilitation : donner une place centrale à la négociation collective, notamment d'entreprise, favoriser les conditions de sa mise en œuvre et son développement, réorganiser le dialogue social dans l'entreprise et faciliter l'implantation syndicale, renforcer la prévisibilité de la relation de travail et des effets de sa rupture, et modifier les règles de prise en compte de la pénibilité au travail. L'énumération des ordonnances ratifiées se poursuit au-delà de l'extrait disponible.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 6 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 2 | 0 | 0 |
| Nouvelle Gauche | 3 | 0 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 1 | 1 | 1 |
| La République en Marche | 0 | 48 | 0 |
| Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants | 0 | 0 | 5 |
| Les Républicains | 1 | 0 | 6 |
| Non inscrit | 0 | 0 | 2 |
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 158 en séance (Renforcement du dialogue social), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Mon intervention sera un peu longue, mais le présent amendement traite d’un sujet majeur, qui nous préoccupe tous : les atteintes aux droits des personnes. Alors que, jour après jour, l’actualité nous rappelle que des faits de harcèlement moral ou sexuel terribles se produisent dans tous les milieux, vous n’ouvrez le droit d’alerte au CSE en cas de danger grave et imminent que dans les entreprises de plus de cinquante salariés. Dès lors, une question se pose : considérez-vous qu’il n’est pas nécessaire d’attribuer au CSE un droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes dans les entreprises de moins de cinquante salariés ? »
« J’entends votre remarque, monsieur Vallaud, mais, sous réserve de vérification, lorsque j’ai indiqué que la réforme se faisait à droit constant, je ne visais pas uniquement et spécifiquement les dispositions relatives au CHSCT. Quoi qu’il en soit, je vais vous apporter une réponse. D’abord, puisque vous parlez de réforme à droit constant, je crois comprendre, à la lecture de votre amendement, que vous prévoyez d’attribuer le droit d’alerte en cas de danger grave et imminent à la délégation du personnel au CSE, alors que tous les délégués du personnel n’en disposaient pas auparavant. »
« Je partage l’avis défavorable du rapporteur, pour les raisons qu’il a très bien présentées. Nous voulons tous nous assurer que les salariés aient des recours en cas de problèmes sérieux. J’insisterai un instant sur la situation actuelle, en prenant l’exemple terrible du harcèlement sexuel, qui a émergé dans l’actualité depuis quelques semaines. Dans la pratique, la voie aujourd’hui privilégiée n’est pas le droit d’alerte, mais le recours à l’inspection du travail, qui, l’année dernière, a permis 2 400 signalements sur le sujet. »
« On assiste aujourd’hui à une libération de la parole, et on s’aperçoit que beaucoup de femmes harcelées trouvent désormais le courage de le dire et de porter plainte. Cependant, nous avons besoin d’une libération, non seulement de la parole, mais aussi des yeux et des oreilles de ceux qui ont été témoins de ces harcèlements, et qui ne disent rien, ce qui est sans doute aussi grave que d’en être l’auteur. »
« Jusqu’à présent, quand on constatait un décalage entre un droit formel et un droit réel, on se demandait comment faire pour que ce droit fondamental s’exerce réellement. Dans le nouveau monde, lorsqu’il y a un décalage entre droit formel et droit réel, on supprime le droit formel. C’est non seulement absurde, mais cela va aussi à l’encontre des discours actuels sur le harcèlement sexuel. Vous confondez le droit d’une victime à se défendre, heureusement préservé, avec le droit d’alerte d’un délégué du personnel, protégé dans sa mission et dans son rapport avec l’employeur. Il s’agit d’un dispositif supplémentaire de protection, y compris en cas de harcèlement sexuel sur un lieu de travail. »
« Pour répondre à mes collègues et ajouter un élément à la réflexion, je précise que, si le droit d’alerte est formel, le devoir d’alerte ne l’est pas. Prenons l’exemple extrêmement concret d’un membre du CSE dans une entreprise de moins de cinquante salariés, qui dispose d’éléments objectifs l’incitant à penser que quelqu’un est victime de harcèlement. Il s’en assurera peut-être ou se servira de son mandat pour traiter l’affaire avec diligence, et il disposera d’ailleurs d’heures de délégations prévues à cet effet. Mais, s’il a la conviction qu’il y a un problème, nous savons tous qu’il alertera directement l’inspection du travail. »
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 7 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel
Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Renforcement du dialogue social), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.
« Madame la présidente, madame la ministre du travail, monsieur le rapporteur de la commission des affaires sociales, mes chers collègues, avant de lever la séance précédente, nous avons adopté l’amendement n o 159, qui équivaut en réalité à l’amendement n o 330, même s’il est rédigé différemment – il… »
« Cet amendement vise à sécuriser les inspections en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, qui sont évidemment essentielles. L’ordonnance prévoit qu’elles auront lieu « à intervalles réguliers », ce qui manque de précision. »
« La commission l’a repoussé, madame la présidente. Mon cher collègue, je ne connais pas les pratiques en vigueur dans l’entreprise où a travaillé Mme la ministre mais je vais vous donner mon avis. »
« Madame la ministre, vous nous présentez la fusion des instances représentatives du personnel et leur remplacement par un comité social et économique comme un grand progrès pour le dialogue social. »
« L’ordonnance n o 2017-1386 relègue au niveau des dispositions supplétives les indicateurs relatifs à l’égalité femmes-hommes qui figuraient dans l’ancien rapport de situation comparée, avant leur transfert, en 2015, dans la base de données économiques et sociales, la BDES. »
« Je regrette mais votre argument ne porte pas, d’autant moins qu’il existe le fameux ticket modérateur sur le paiement des expertises : celles-ci seront en effet, à hauteur de 20 %, à la charge des CES, qui auront donc besoin de ces excédents pour financer des expertises, plutôt que pour acheter des… »
« Les syndicats ne sont pas, tant s’en faut, épargnés par la crise institutionnelle qui sévit dans notre pays. Pour s’être pendant longtemps acoquinés en sous-main avec le pouvoir politique et le pouvoir économique, ils défendent désormais bien plus leurs prébendes que les travailleurs. »