Amendement de M. Clouet (LFI-NUPES) · art. 1er

55 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 178 voix non atteint. 11 abstentions.
Disputé
Participation 63 %

Amendement n° 278 · ART. PREMIER, déposé par M. Clouet LFI-NUPES +74 cosignataires.

L'essentiel : Dans les sept jours suivant le décret, des négociations entre syndicats et patronat auraient dû s’ouvrir, sans lettre de cadrage préalable, cet amendement de la France insoumise voulant redonner la main aux partenaires sociaux.

Texte exact de l'amendement

Après l’alinéa 1, insérer l’alinéa suivant : « Dans un délai de sept jours après la publication du décret prévu au premier alinéa, des négociations sont ouvertes entre les organisations représentatives d’employeurs et de salariés en vue de la conclusion d’un accord mentionné au premier alinéa de l’article L. 5422‑20 dudit code. Par dérogation à l’article L. 5422‑20‑1 du même code, la transmission d’une lettre de cadrage n’est pas requise pour l’ouverture des négociations. »

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Par cet amendement, nous demandons le lancement de négociations paritaires dans les sept jours suivant la publication du décret afin d’aboutir à une nouvelle convention. Par ce projet de loi, le Gouvernement s’assoit une fois de plus les partenaires sociaux, ou plus précisément sur les syndicats car le patronat encourage le Gouvernement à détricoter seul l’assurance-chômage. Ainsi, le Gouvernement sera quitte des partenaires sociaux après une simple et vague concertation. Ce processus de dépossession des partenaires sociaux et en particulier des syndicats a été particulièrement violent pendant le quinquennat précédent. En 2018 déjà, la loi Avenir professionnel instaurait une note de cadrage qui réduit les marges de manoeuvre des partenaires sociaux. Le décret de carence de 2019 a ensuite illustré la volonté du Gouvernement de faire fi des partenaires sociaux. La réforme à venir sur la gouvernance de l’assurance chômage pour correspondre « aux équilibres souhaités entre les partenaires sociaux, l’État, l’Unédic et Pôle Emploi » va accentuer la tendance. Pour faire en sorte que les dispositions du décret valent le moins longtemps, nous proposons donc que soit lancées, dès la publication du décret, des négociations paritaires pour établir une nouvelle convention tripartite.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 7 septembre 2022 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
  2. 25 octobre 2022 1re lecture Sénat Modifié
  3. 9 novembre 2022 Commission mixte paritaire Accord
  4. 15 novembre 2022 Lecture des conclusions de la CMP Assemblée Adopté
  5. 17 novembre 2022 Commission mixte paritaire Adopté
  6. 15 décembre 2022 Conseil constitutionnel Conforme

Ce que change ce texte

Le projet de loi permet qu’un décret en Conseil d’État, pris après concertation avec les organisations syndicales et patronales représentatives au niveau national et interprofessionnel, fixe les règles d’assurance chômage par dérogation aux dispositions qui confient cette compétence aux partenaires sociaux, et limite à 0,5 point de pourcentage la majoration applicable dans le cadre de la modulation des contributions patronales. Il prévoit que le salarié qui a volontairement abandonné son poste et ne reprend pas le travail après avoir été mis en demeure est présumé démissionnaire, et organise les conséquences du refus, par un salarié en contrat à durée déterminée, d’une proposition de poursuite de la relation de travail. Il ouvre, à titre expérimental et dans des secteurs définis par décret, la possibilité de conclure un seul contrat à durée déterminée ou un seul contrat de mission pour remplacer plusieurs salariés, et écarte la durée maximale du contrat de mission pour les salariés liés par un contrat à durée indéterminée avec l’entreprise de travail temporaire. Il réécrit la définition du corps électoral aux élections professionnelles, en ouvrant le droit de vote à l’ensemble des salariés âgés de seize ans révolus travaillant depuis trois mois au moins dans l’entreprise et n’ayant fait l’objet d’aucune interdiction, déchéance ou incapacité. Il règle par ailleurs la prise en compte des suffrages des personnels enseignants liés à l’État par un contrat de droit public dans les branches des établissements d’enseignement privés.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Les moyens du texte d'ensembleet leur sort
  • Fixation des règles de l'assurance chômage par décret Adopté

    Autorisation donnée au gouvernement de fixer par décret, à titre transitoire, les règles de l'assurance chômage, ce qui a permis d'instaurer la « contracyclicité » (durée d'indemnisation modulée selon la conjoncture de l'emploi).

    Habilitation validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2022-844 DC).

  • Présomption de démission en cas d'abandon de poste Adopté

    Un salarié qui abandonne volontairement son poste et ne le reprend pas après mise en demeure est présumé démissionnaire, ce qui le prive en principe de l'allocation chômage.

  • Refus de CDI après un CDD ou une mission d'intérim Adopté

    Un demandeur d'emploi qui refuse, à deux reprises en un an, un CDI proposé à l'issue d'un CDD ou d'une mission d'intérim sur un emploi équivalent peut être privé de l'allocation chômage.

  • Réforme de la validation des acquis de l'expérience (VAE) Adopté

    Simplification et élargissement de l'accès à la VAE, avec la mise en place d'un service public dédié.

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
75LFI22GDR23EcoS31SOC20LIOTdivisé50DEM170RE30HOR62LR89RN4NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale5100
Gauche démocrate et républicaine - NUPES900
Écologiste - NUPES1600
Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES)900
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires517
Démocrate (MoDem et Indépendants)0350
Renaissance01220
Horizons et apparentés0210
Les Républicains0213
Rassemblement National6400
Non inscrit001
Mises au point de vote 1

Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.

Une autre mise au point émane de député·es qui ne figurent pas dans le relevé nominatif de ce scrutin : aucun vote n'y est enregistré à leur nom.

Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗

Ce qui s'est dit sur cet amendement

Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 278 en séance (Fonctionnement du marché du travail), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.

M. Matthias Tavel LFI
« Qui a dit : « Je regarde en ce moment sur mon territoire, mais il n’y a pas beaucoup d’offres » ? C’est Christophe Jerretie qui était assis à notre place il y a trois mois, un ancien député du MODEM désormais au chômage. On pouvait penser que vous aviez fait la précédente réforme par ignorance de ce qu’était le chômage. […] Car quand on vous la confie, elle ne subit que maltraitance et arrogance ! »
M. Marc Ferracci (rapporteur)
« Avis défavorable. Votre amendement prévoit que, sept jours après la publication d’un éventuel décret, des négociations s’engagent entre les partenaires sociaux sur les règles de l’assurance chômage : cela reviendrait à mettre en cause le calendrier discuté avec ces mêmes partenaires sociaux sur la concertation, puis sur la négociation au sujet des questions de gouvernance. De surcroît, je doute que, quelques jours seulement après un décret, des organisations qui ont écarté l’idée de s’engager sur une négociation sur les règles s’y engagent soudainement. »
M. Philippe Vigier DEM
« D’un mot, je voudrais dire à notre collègue que Christophe Jerretie a été un excellent député, qui n’a pas besoin que vous évoquiez de cette façon sa situation personnelle qui est déjà douloureuse. […] Non, ne jetez pas l’honneur des hommes aux chiens ! Cette formule vous rappellera quelque chose, à gauche ! Oh, je vois que mon intervention vous gêne ! Je vous ai écoutés, et vous allez m’écouter à votre tour ! Je vous dirai seulement une chose : faut-il entendre dans vos propos que les députés méritent un régime spécial ? Nous croyons, nous, qu’il faut un régime de droit commun pour les parlementaires comme pour les autres. »
M. Arthur Delaporte SOC
« Quel est l’intérêt du dialogue social ? C’est au moins de s’écouter les uns les autres… J’en ai marre de cette majorité qui, soit ne nous écoute pas, soit ne nous laisse pas parler. J’essaye juste… […] J’aimerais que nous réfléchissions à la nature du dialogue social. D’un côté, il y a les employeurs ; de l’autre, les salariés. Ils discutent, ils négocient, et le salarié n’est plus seul, parce qu’il est défendu par un collectif. C’est tout l’intérêt de notre système : le paritarisme protège le faible. »
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 12 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Fonctionnement du marché du travail), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

M. Arthur Delaporte SOC
« Il est fondé sur l’article 98, alinéa 6 du règlement. Certains de nos amendements ont été frappés d’irrecevabilité. En vertu de cet article : « Sans préjudice de l’application des articles 40 et 41 de la Constitution, tout amendement est recevable en première lecture dès lors qu’il présente un lien,… »
M. Pierre Dharréville GDR
« À mon tour, je proteste vigoureusement contre le sort réservé à certains de nos amendements. Certains ont été discutés en commission, mais jugés irrecevables avant l’examen en séance. »
Mme Véronique Besse NI
« La représentation nationale ne peut pas être écartée aujourd’hui comme l’ont été hier les partenaires sociaux. Je rappelle qu’à la suite de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, des négociations ont été menées avec les partenaires sociaux et qu’elles ont éch… »
M. Olivier Serva LIOT
« Cet amendement suit la logique que nous avons exposée hier lors de la discussion générale. Premièrement, nous voulons que les partenaires sociaux et le Parlement soient au centre de l’évolution de l’assurance chômage. »
Mme Emmanuelle Ménard NI
« L’article 1 er a pour objectif de confier temporairement au Gouvernement la définition des mesures d’application du régime d’assurance chômage jusqu’au 31 décembre 2023. »
Mme Marie-Charlotte Garin ECOS
« Il vise également à supprimer l’article 1 er , car nous ne souhaitons pas qu’on se souvienne de nous comme des parlementaires qui auront laissé enterrer progressivement l’une des clés de voûte du système de protection sociale. »
Mme Caroline Parmentier RN
« Cet amendement d’appel vise à supprimer l’article 1 er . Il n’est pas satisfaisant de confier au Gouvernement, même temporairement, la « définition des mesures d’application au régime d’assurance chômage ». »
Mme Mathilde Panot LFI
« En ce 4 octobre, nous discutons du premier article du texte qui déclare la guerre aux chômeurs. Il y a exactement soixante-dix-sept ans naissait l’une des conquêtes les plus précieuses de la civilisation moderne : la sécurité sociale. »
M. Marc Ferracci (rapporteur)
« …l’indemnisation de plus de 2 millions de demandeurs d’emploi ; c’est un fait. Le Conseil d’État a rappelé dans son avis qu’une loi était nécessaire pour prolonger l’indemnisation. »
M. Stéphane Viry LR
« Je souhaite exprimer la position du groupe Les Républicains sur ces amendements qui font l’objet d’un scrutin public. Ils méritent d’être examinés et débattus. »
M. Joël Aviragnet SOC
« Je considère moi aussi la réforme comme profondément et socialement injuste. Injuste, parce qu’elle réduit les droits à l’assurance chômage de manière drastique : 1,15 million de personnes sont perdantes, puisqu’elles voient leur allocation chômage baisser en moyenne de 155 euros par mois. »
M. Frédéric Petit DEM
« C’est un ancien chômeur qui vous parle, qui a passé son diplôme à 37 ans grâce à ce que l’on appelait à l’époque l’allocation de formation reclassement (AFR). Nous ne donnons de leçons à personne, monsieur Ruffin, et nous vous écoutons. »

Pour aller plus loin

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