Amendement de Mme Garin (ECOLO) · après art. 2

56 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 113 voix non atteint. 1 abstention.
Disputé
Participation 39 %

Amendement n° 168 · APRÈS ART. 2, déposé par Mme Garin ECOLO +21 cosignataires.

L'essentiel : Les grandes entreprises délocalisant des activités à l’étranger auraient pu voir leur contribution d’assurance chômage majorée, cet amendement écologiste proposant d’appliquer un malus aux sociétés réduisant l’emploi en France plutôt que de viser les demandeurs d’emploi.

Texte exact de l'amendement

L’article L. 5422‑12 du code du travail est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel excède 1 500 millions d’euros ou dont le total de bilan excède 2 000 millions d’euros, le taux de contribution peut être majoré en cas de non-respect de l’obligation consistant à ne pas délocaliser et ne pas transférer volontairement à l’étranger une partie ou la totalité des activités de l’entreprise entraînant une diminution du nombre d’emplois en France, que ce soit au travers de filiales appartenant à la même entreprise ou par l’intermédiaire de sous-traitants auprès d’entreprises non affiliées. »

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Si le Gouvernement souhaitait atteindre le plein emploi, il s’attaquerait en priorité aux raisons structurelles du chômage à savoir le déficit de formation, les rémunérations trop faibles, la revalorisation des métiers en tension ou encore les délocalisations responsables de la fermeture de chaines de production. Il ne s’acharnerait pas à diminuer les indemnités des personnes vulnérables sur le marché du travail. Pour mémoire, seuls 38 % des demandeurs d’emploi sont indemnisé.es et parmi ces 38 % un grand nombre travaillent (et cumulent salaire et indemnisation) et d’autres ne travaillent pas un mois donné mais travaillent le suivant. Les dernières enquêtes montrent que sur 100 chômeurs, 86 % jouent complètement le jeu (pôle emploi, formations etc.) Plutôt que de continuer cette logique de stigmatisation des personnes sans-emplois, passons à une logique d’obligation des entreprises. Le bonus-malus a été mis en place pour inciter les entreprises à embaucher en CDI et à limiter le recours abusif aux contrats courts. Un principe de malus pourrait s’appliquer sur les délocalisations. Tel est l’objet du présent amendement.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 7 septembre 2022 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
  2. 25 octobre 2022 1re lecture Sénat Modifié
  3. 9 novembre 2022 Commission mixte paritaire Accord
  4. 15 novembre 2022 Lecture des conclusions de la CMP Assemblée Adopté
  5. 17 novembre 2022 Commission mixte paritaire Adopté
  6. 15 décembre 2022 Conseil constitutionnel Conforme

Ce que change ce texte

Le projet de loi permet qu’un décret en Conseil d’État, pris après concertation avec les organisations syndicales et patronales représentatives au niveau national et interprofessionnel, fixe les règles d’assurance chômage par dérogation aux dispositions qui confient cette compétence aux partenaires sociaux, et limite à 0,5 point de pourcentage la majoration applicable dans le cadre de la modulation des contributions patronales. Il prévoit que le salarié qui a volontairement abandonné son poste et ne reprend pas le travail après avoir été mis en demeure est présumé démissionnaire, et organise les conséquences du refus, par un salarié en contrat à durée déterminée, d’une proposition de poursuite de la relation de travail. Il ouvre, à titre expérimental et dans des secteurs définis par décret, la possibilité de conclure un seul contrat à durée déterminée ou un seul contrat de mission pour remplacer plusieurs salariés, et écarte la durée maximale du contrat de mission pour les salariés liés par un contrat à durée indéterminée avec l’entreprise de travail temporaire. Il réécrit la définition du corps électoral aux élections professionnelles, en ouvrant le droit de vote à l’ensemble des salariés âgés de seize ans révolus travaillant depuis trois mois au moins dans l’entreprise et n’ayant fait l’objet d’aucune interdiction, déchéance ou incapacité. Il règle par ailleurs la prise en compte des suffrages des personnels enseignants liés à l’État par un contrat de droit public dans les branches des établissements d’enseignement privés.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Les moyens du texte d'ensembleet leur sort
  • Fixation des règles de l'assurance chômage par décret Adopté

    Autorisation donnée au gouvernement de fixer par décret, à titre transitoire, les règles de l'assurance chômage, ce qui a permis d'instaurer la « contracyclicité » (durée d'indemnisation modulée selon la conjoncture de l'emploi).

    Habilitation validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2022-844 DC).

  • Présomption de démission en cas d'abandon de poste Adopté

    Un salarié qui abandonne volontairement son poste et ne le reprend pas après mise en demeure est présumé démissionnaire, ce qui le prive en principe de l'allocation chômage.

  • Refus de CDI après un CDD ou une mission d'intérim Adopté

    Un demandeur d'emploi qui refuse, à deux reprises en un an, un CDI proposé à l'issue d'un CDD ou d'une mission d'intérim sur un emploi équivalent peut être privé de l'allocation chômage.

  • Réforme de la validation des acquis de l'expérience (VAE) Adopté

    Simplification et élargissement de l'accès à la VAE, avec la mise en place d'un service public dédié.

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
75LFI22GDR23EcoS31SOC20LIOT50DEM170RE30HOR62LR89RN4NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale2400
Gauche démocrate et républicaine - NUPES300
Écologiste - NUPES700
Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES)600
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires001
Démocrate (MoDem et Indépendants)0290
Renaissance0740
Horizons et apparentés0210
Les Républicains130
Rassemblement National5600
Non inscrit100

Ce qui s'est dit lors de cette discussion

Le compte rendu a ouvert une seule discussion pour cet amendement et l'amendement no 167 : les propos ci-dessous portent sur l'ensemble, et peuvent nommer un autre de ces numéros que celui de ce vote. Ils sont repris tels quels du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où ils ont été prononcés.

Mme Marie-Charlotte Garin ECOS
« Par l’amendement n o 167, nous proposons d’utiliser un système de malus – car nous ne sommes pas favorables aux bonus – appliqué aux multinationales, c’est-à-dire les entreprises ayant le plus de moyens, pour que soient prises en compte les questions de la transition écologique, de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et de la délocalisation. L’amendement n o 168 est, quant à lui, un amendement de repli : si on n’accepte pas les exigences que je viens d’évoquer, qu’on accepte au moins un système de malus relatif à la délocalisation, puisqu’il s’agit d’une cause notable du chômage en France. »
M. Marc Ferracci (rapporteur)
« Nous partageons les objectifs qui viennent d’être évoqués : accompagner la transition écologique ou favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. La question consiste à identifier les bons outils pour y parvenir. Il nous semble qu’utiliser le système du bonus-malus, un outil destiné à un objectif précis – lutter contre la multiplication des contrats courts –, pour viser concomitamment plusieurs objectifs, serait inefficace, car cela provoquerait de la confusion. C’est pourquoi nous préférons nous référer aux autres actions menées par le Gouvernement en matière de lutte contre les délocalisations, de transition écologique et d’égalité professionnelle. »
M. Bertrand Pancher LIOT
« L’amendement n o 69 est excellent. Il faut inciter les entreprises à s’engager sur des critères sociaux et environnementaux et tirer vers le haut les plus exemplaires d’entre elles. Nous avions déposé un amendement visant à demander au Gouvernement d’inviter les partenaires sociaux à une conférence sociale sur le partage de la valeur ajoutée : cette question se pose fortement dans notre pays ! Répondre à la question de la recherche d’emploi par une diminution des droits des chômeurs, c’est réducteur, ce n’est pas sérieux. »
M. Hadrien Clouet LFI
« Revenons sur un élément important du débat : M. le rapporteur a prétendu, tout à l’heure que, puisque le bonus-malus n’est pas en application, il n’a pas d’effet. Je suis stupéfait de devoir rappeler à un économiste le principe d’anticipation. D’ailleurs, c’est le précédent gouvernement qui, il y a quelques mois, attendait des effets du bonus-malus avant son entrée en vigueur, prévoyant que les employeurs, dotés d’un véritable sens pratique, réfléchiraient aux conséquences de leur comportement en matière de recrutement plusieurs mois à l’avance. Or il se plaignait l’hiver dernier qu’il n’y en avait pas. »
Mme Laure Lavalette RN
« Je suis ravie de voir que les écologistes se convertissent enfin au patriotisme économique et au localisme , qui constitue évidemment une réponse cruciale au chômage, à la relance de l’économie, à nos problèmes énergétiques ou à la taxe carbone. Merci à eux. »
M. Olivier Dussopt (ministre)
« Je souhaite revenir rapidement sur ces trois amendements : les amendements identiques n os 69 et 167 concernant la conditionnalité du bonus et le n o 168 traitant de la délocalisation. En ce qui concerne la conditionnalité, ce débat est récurrent ici, et j’ai eu l’occasion d’y participer lorsque j’étais ministre délégué chargé des comptes publics. Vous connaissez la position du Gouvernement et de la majorité, qui consiste à proposer les dispositifs les plus simples possibles, quand bien même cette simplicité est parfois plus difficile à atteindre que nous le souhaiterions. »
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 10 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Fonctionnement du marché du travail), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

M. Dominique Da Silva RE
« Tendre vers le plein emploi suppose que nous soyons à cheval sur le respect des droits et des devoirs, principe qui doit s’appliquer à tous et auquel notre majorité et moi-même sommes très attachés. »
M. Philippe Vigier DEM
« Il est identique à celui de notre collègue Da Silva, et il a également été repris par nos collègues des groupes Horizons et apparentés et Les Républicains. Il porte sur un sujet récurrent de nos auditions des partenaires sociaux. »
M. François Gernigon HOR
« L’abandon de poste consiste à quitter volontairement son poste de travail ou sa fonction sans préavis ni explications. Aucune raison ne peut justifier cet acte, puisqu’en cas de souci de santé, la médecine du travail existe et qu’un arrêt de travail est toujours possible. »
M. Jean-Louis Thiériot LR
« Tout a déjà été très bien dit par les précédents orateurs. Ces amendements sont effectivement transpartisans – nous avons été plusieurs à y travailler – et sont le fruit de rencontres, après que j’en ai pris l’initiative en commission des affaires sociales, avec toutes les activités du territoire. »
M. Arthur Delaporte SOC
« Contrairement à ce que disait notre collègue Vigier, le groupe Socialistes et apparentés ne soutient absolument pas ce que vous souhaitez instaurer par ces amendements. Nous cherchons plutôt à pointer l’absurdité de votre démarche et à introduire les garanties minimales qui s’imposent. »
M. Hadrien Clouet LFI
« Nous avons d’abord cru à une blague ! Le phénomène dont vous parlez n’a pas été évalué ; vos arguments consistent surtout à citer la tante de la belle-mère des uns ou des autres qui aurait constaté un abandon de poste. »
M. Frédéric Descrozaille RE
« Votre lecture du droit social n’est pas vraiment compatible avec la nôtre si vous prétendez que, parce qu’il y a subordination il y a aliénation. Vous semblez considérer que les salariés ne peuvent pas se protéger eux-mêmes, et qu’il faut donc les protéger… »
M. Pierre Dharréville GDR
« Je ne crois absolument pas que cette mesure soit de nature, comme vous vous en targuez, à résoudre les tensions sur le marché du travail ; cela va même être l’inverse, parce que vous ne vous posez pas la question fondamentale : quelle est la cause de tous ces abandons de postes ? »
M. Stéphane Viry LR
« Il était évident que, sur les questions de d’abandon de poste, de refus d’un CDI après un CDD ou d’offre d’emploi raisonnable, nous aurions des positions politiques – des postures idéologiques, pour reprendre l’expression de Pierre Dharréville –, antagonistes. »
Mme Marine Le Pen RN
« Cette philosophie, je la connais : elle consiste à dire que si les gens sont au chômage, c’est de leur faute. Je vous comprends, car si ce n’est pas de leur faute, c’est de la vôtre. »

Pour aller plus loin

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