Amendement n° 1470 · ART. PREMIER, déposé par M. Le Fur +9 cosignataires.
L'essentiel : Cet amendement a remplacé le mot « prodigués » par « garantis » à propos des soins palliatifs, afin, selon son auteur, de réaffirmer le droit d’y accéder consacré par les lois Leonetti et Claeys-Leonetti.
Texte exact de l'amendement
À la deuxième phrase de l’alinéa 11, substituer au mot : « prodigués » le mot : « garantis ».
Exposé des motifs de l'auteur·rice
Cet amendement vise à réaffirmer le droit de nos concitoyens à accéder à des soins palliatifs tel que prévus par les lois « bioéthiqu e » successives et notamment la loi Léonetti du 22 avril 2005 et la loi Claeys-Léonetti du 2 février 2016. Or, l’offre de soins palliatifs demeure très hétérogène sur le territoire et reste insuffisante, ainsi que l’ont constaté successivement l’Académie nationale de médecine dans son avis rendu le 27 juin 2023 et la Cour des comptes dans son rapport remis en juillet 2023 à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 10 avril 2024 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(l'Assemblée nationale a adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
Ce texte de loi vise à renforcer l'accompagnement des personnes en fin de vie en clarifiant les droits des patients en matière de refus de soins, de directives anticipées et de sédation profonde. Il prévoit la création de maisons d’accompagnement pour mieux répondre aux souhaits des personnes souhaitant mourir à leur domicile. Il institue un plan personnalisé d’accompagnement après un diagnostic grave. Il établit des conditions précises pour l’aide à mourir, qui nécessite une demande formulée par une personne majeure, atteinte d’une maladie grave et incurable, et vérifiée par un médecin indépendant. L’aide à mourir consiste à mettre à disposition une substance létale, sous certaines conditions, afin que la personne puisse s’administrer elle-même ce produit.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale | 13 | 1 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine - NUPES | 2 | 0 | 0 |
| Écologiste - NUPES | 1 | 0 | 1 |
| Socialistes et apparentés | 3 | 0 | 5 |
| Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires | 0 | 5 | 0 |
| Démocrate (MoDem et Indépendants) | 3 | 10 | 3 |
| Renaissance | 0 | 48 | 0 |
| Horizons et apparentés | 1 | 5 | 0 |
| Les Républicains | 24 | 0 | 0 |
| Rassemblement National | 33 | 1 | 0 |
| Non inscrit | 1 | 0 | 0 |
Mises au point de vote 1
Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.
- René Pilato LFI Vote enregistré Contre Position déclarée voter pour
Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 1470 en séance (Accompagnement des malades et de la fin de vie), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Cet amendement vise à faire en sorte que les soins palliatifs soient « garantis » quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade. […] L’alinéa 11 dispose seulement que ces soins sont « prodigués ». Dans sa rédaction actuelle, la phrase est une pétition de principes, un vœu pieux. La rédaction que je propose en fait une obligation, un droit garanti à tous les malades. Chers collègues, vous souhaitez créer un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie ; nous souhaitons, nous, rendre opposable le droit d’accès aux soins palliatifs. Ce changement de verbe donnerait une dimension juridique, concrète et réaliste à l’opposabilité de ce droit. »
« Comme vous, je souhaite du concret, des mesures réalistes. Je vous propose de reprendre votre argumentation à l’article 1 er bis qui vise à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs. En effet, l’alinéa 11 de l’article 1 er explique comment sont pratiqués les soins d’accompagnement par une équipe pluridisciplinaire. Ces soins sont « prodigués quel que soit le lieu de résidence ou de soins de la personne malade ». Ne vous emballez donc pas : nous évoquerons plus tard la garantie de ce droit et nous partagerons certainement votre avis. »
« Les propos de notre collègue Marc Le Fur ont du sens car, chaque jour, 400 à 500 de nos concitoyens sont privés d’accès aux soins palliatifs. […] Vous souhaitez créer un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie : il serait terrible que certains de nos concitoyens soient amenés à exercer ce droit sans avoir pu accéder préalablement aux soins palliatifs. Il s’agit donc d’un problème éthique qui pose la question de l’application même de la loi actuelle. Comment peut-on légiférer sur la mort administrée, alors que l’accès aux soins palliatifs n’est pas garanti à tous ? »
« Je comprends l’objectif de cet amendement, mais soyons réalistes : le financement des soins palliatifs est déjà important. Comprenez-vous les conséquences de l’obligation de garantir l’accès aux soins palliatifs, quel que soit le lieu de résidence ? Vous rendez-vous compte de la difficulté de finir sa vie à domicile, quand les soins palliatifs et d’accompagnement sont lourds ? Peu de personnes le peuvent, parce que cela nécessite du personnel et des financements. Votre amendement part d’un bon sentiment mais il est impossible de mobiliser de tels moyens humains et financiers, alors que les efforts consentis par le Gouvernement sont considérables. »
« Nous voterons pour cet amendement. Après des décennies de sous-investissements dans les soins palliatifs – que les cinq derniers plans de développement n’ont pas suffi à combler –, 50 % des personnes qui en ont besoin ne peuvent pas y accéder. Je suis élue de la Sarthe, qui fait partie de la vingtaine de départements ne disposant pas d’unité de soins palliatifs. […] Les lits assignés aux soins palliatifs sont disséminés entre les services et, malgré l’engagement des personnels soignants, ils ne permettent pas d’apporter la prise en charge unique, spécialisée et globale, qui caractérise les soins palliatifs. »
« Dans ce débat sur l’opposabilité du droit d’accès aux soins palliatifs, je pense au succès réduit du Dalo : ce n’est pas parce que le résultat n’est pas à la hauteur des espérances qu’on ne doit pas affirmer des principes. En effet, nous n’y arriverons pas sans un signal fort, une volonté politique affichée et martelée. Nous ne sommes pas naïfs, nous savons qu’il faudra des moyens et que cela ne se fera pas en un an. Nous devons donc renforcer le plan décennal sur les soins palliatifs, doté de 1,1 milliard d’euros sur dix ans, car il couvre à peine l’évolution naturelle des besoins. »
2 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 10 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel
Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Accompagnement des malades et de la fin de vie), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.
« Il s’intègre à la discussion que nous avons eue hier soir jusqu’à vingt-trois heures cinquante-huit. J’espérais pouvoir le présenter en profitant de l’élan du moment, mais il était l’heure de lever la séance. »
« Avis défavorable. Le terme « image » prête à discussion : on distingue l’image extérieure que les autres perçoivent, et l’image intérieure que l’on se fait de soi-même. »
« J’ai écouté avec intérêt votre réflexion, mais la notion de respect de la dignité a une valeur constitutionnelle, qui est inscrite dans le code civil – depuis 2002 – et dans le code de la santé publique, à l’article L. 1110-2, comme un droit fondamental de la personne malade. »
« Nous l’avons confirmé hier : les soins palliatifs et d’accompagnement permettent « d’offrir une prise en charge globale de la personne malade, accessible sur l’ensemble du territoire national, afin de préserver sa dignité, sa qualité de vie et son bien-être ». »
« Dans le membre de phrase « afin de préserver sa dignité, sa qualité de vie et son bien-être », l’amendement vise à préciser qu’il s’agit du bien-être « physique et psychologique ». »
« Dans ce débat complexe, s’il est un point sur lequel tout le monde est d’accord, c’est que personne ne veut mourir dans d’atroces souffrances. Le premier de nos objectifs doit être de développer les soins palliatifs pour les patients, tout en améliorant les conditions de travail des soignants. »
« Il vise à préciser que les personnes malades ont un accès équitable aux soins palliatifs et d’accompagnement « quels que soient l’âge, la pathologie ou la condition sociale ». Il s’agit de garantir cet accès aux plus précaires. »
« Je soutiens évidemment l’amendement, qui tend à compléter la phrase suivante : « [La] répartition [des soins palliatifs et d’accompagnement] sur le territoire national garantit un accès équitable aux personnes malades. »
« Dans la même logique, l’amendement signé par plusieurs députés du groupe La France insoumise a pour objectif de préciser la nécessité de soins d’accompagnement adaptés aux populations manifestant des besoins spécifiques liés à leur âge ou aux situations de handicap. »
« On peut comprendre la volonté des auteurs de ces amendements de préciser les choses afin que nos concitoyens puissent s’approprier, pour reprendre le terme qui a été utilisé, les soins palliatifs et les soins d’accompagnement. »