Amendement n° 288 · AVANT ART. 52, déposé par M. Bernalicis FI +16 cosignataires.
L'essentiel : La fugue d’un centre éducatif fermé n’aurait plus exposé le mineur à la détention ou à l’emprisonnement mais à une nouvelle saisine du juge des enfants, cet amendement voulant en finir avec ce « délit d’évasion ».
Texte exact de l'amendement
À la fin du premier alinéa de l’article 33 de l’ordonnance n° 45‑174 du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante, les mots : « selon le cas, le placement en détention provisoire ou l’emprisonnement du mineur » sont remplacés par les mots : « une nouvelle saisine du juge des enfants ».
Exposé des motifs de l'auteur·rice
Par cet amendement, nous proposons de dépénaliser le délit de fugue d’un centre éducatif fermé, qui est actuellement considéré comme un délit d’évasion (comme pour un établissement pénitentiaire !) au sens de l’article 434‑27 du code pénal. Ceci passe donc par la suppression de la mention de la détention provisoire ou de l’emprisonnement en cas de violation des obligations auxquelles le mineur est astreint. Tel que l’affirme la Défenseur des enfants dans son rapport de juin 2010 consacré aux CEF « le non-respect des obligations du placement qui peut entraîner l’incarcération du mineur vise, en premier lieu, [...] les comportements de fugue : or [...] celle-ci n’est nullement une infraction et ne peut être considérée comme telle » ! En effet, depuis la création de ces centres éducatifs fermés par la très répressive “Loi Perben I” en 2002 (loi n° 2002‑1138 du 9 septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice) a laissé subsister un flou volontaire, grave et préjudiciable, en créant ces centres “pré-carcéraux” ou “semi-carcéraux”. Il ne s’agit formellement pas de prisons, mais en sortir sans autorisation est considéré comme un “délit d’évasion” (voir cette circulaire du 29 mai 2015 du ministre de la Justice http ://www.textes.justice.gouv.fr/art_pix/JUSF1510943N.pdf). ¨Pour avoir une idée concrète de ce qu’est un CEF, en voici des images, présentes dans ce rapport…
Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).
Le parcours du texte parent
Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.
- 20 avril 2018 Dépôt du texte Sénat entrée au Parlement
- 23 octobre 2018 1re lecture Sénat Adopté
- 11 décembre 2018 1re lecture Assemblée Modifié
- 13 décembre 2018 Commission mixte paritaire Accord
- 23 janvier 2019 Nouvelle lecture Assemblée Adopté
- 12 février 2019 Nouvelle lecture Sénat Modifié
- 18 février 2019 Lecture définitive Assemblée Adopté
- 21 mars 2019 Conseil constitutionnel Partiellement conforme
- 23 mars 2019 Promulgation loi n° 2019-222
Le texte
Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :
L'article 1er approuve le rapport annexé définissant les orientations et la programmation des moyens de la justice pour la période 2019-2022 et fixe l'évolution des crédits de paiement de la mission « Justice », hors charges de pensions. L'article 1er bis fixe un calendrier de progression du nombre de conciliateurs de justice entre 2019 et 2022, et l'article 1er ter prévoit que, jusqu'en 2022, le Gouvernement présente chaque année au Parlement un rapport sur l'exécution de la loi, avant le débat sur les orientations des finances publiques. L'article 3 encadre les services en ligne de conciliation, de médiation ou d'autres modes de règlement des différends, proposés à titre gratuit ou rémunéré, en insérant de nouveaux articles dans la loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle. L'article 4 ouvre, dans certaines matières et en raison de leur nature, une dérogation aux règles posées par l'article 4 de la loi du 31 décembre 1971 sur la représentation des parties. L'article 5 modifie l'article 317 du code civil pour confier au notaire, à la place du juge du tribunal d'instance, la démarche qui y est prévue.
Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)
Comprendre les votes
Comment chaque groupe a voté
| Groupe | Pour | Contre | Abstention |
|---|---|---|---|
| La France insoumise | 1 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | 1 | 0 | 0 |
| Socialistes et apparentés | 0 | 0 | 0 |
| Libertés et Territoires | 0 | 0 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | 0 | 2 | 0 |
| La République en Marche | 0 | 25 | 0 |
| UDI, Agir et Indépendants | 0 | 0 | 0 |
| Les Républicains | 0 | 5 | 0 |
| Non inscrit | 0 | 2 | 0 |
Ce qui s'est dit sur cet amendement
Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 288 en séance (Programmation 2018-2022 et réforme de la justice), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.
« Par cet amendement, nous proposons de dépénaliser le délit de fugue d’un CEF, centre éducatif fermé, actuellement considéré comme un délit d’évasion – au même titre que l’évasion d’un établissement pénitentiaire – au sens de l’article 434-27 du code pénal. Cela passe par la suppression de la mention de la détention provisoire ou de l’emprisonnement en cas de violation des obligations auxquelles le mineur est astreint. »
« Comme je l’avais dit en commission, monsieur Bernalicis, j’ai quelques doutes sur l’existence même d’un « délit d’évasion » d’un CEF. Dans l’hypothèse que vous évoquez, le magistrat peut prononcer une peine d’incarcération, mais il n’y est évidemment pas tenu. Nous aurons, sur ce sujet, à examiner un amendement de Stéphane Mazars et de Jean Terlier. À ce stade, l’avis est donc défavorable. »
« L’amendement de M. Bernalicis tend à interdire la révocation de la mesure qui fonde le placement en CEF, et à lui substituer une nouvelle saisine du juge des enfants. Un mineur de treize ans encourt aujourd’hui une peine de détention pour une simple fugue d’un CEF. Il me semble assurément judicieux d’encadrer davantage les conditions de révocation du contrôle judiciaire pour les plus jeunes, notamment en exigeant une violation grave ou répétée, et en s’assurant de ce que le rappel ou l’aggravation des obligations n’apparaît pas suffisant. La suppression de toute possibilité de révocation semble excessive. »
« Si vous proposez un amendement allant dans le même sens, c’est bien qu’il existe un problème. De fait, fuguer d’un centre éducatif fermé, notamment si on le fait à plusieurs reprises, peut conduire à la détention, alors que le but de ces centres est précisément d’éviter la détention. On marche sur la tête. Ma position vous apparaît peut-être jusqu’au-boutiste, mais elle est de principe : cette fugue ne doit pas être assimilée à un délit, et le mineur, en l’espèce, doit repasser devant le juge des enfants. Celui-ci a des moyens à sa disposition : la discussion, la médiation, l’échange ou des contraintes plus sévères. »
Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 9 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel
Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Programmation 2018-2022 et réforme de la justice), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.
« Contrevenant à notre accord de ce matin, je prendrai un peu de temps pour présenter cet amendement qui habilite le Gouvernement à modifier et à compléter les dispositions applicables à la justice pénale des mineurs et à les regrouper dans un code de la justice pénale des mineurs. »
« Oui. Je vous remercie d’organiser nos travaux comme toujours avec calme, sérénité et désir d’y associer l’ensemble des parlementaires. Mme la ministre vient de s’exprimer : il nous faut digérer tout ce qui a été annoncé, y compris d’ailleurs de nouvelles recettes constitutionnelles. »
« Vous le constatez : l’exercice sera très contraint. C’est d’ailleurs l’une des grandes difficultés que nous dénonçons. Ce n’est pas l’habilitation à prendre des ordonnances qui nous pose un problème en soi. »
« Madame la garde des sceaux, vous avez annoncé mercredi 23 novembre, lors des questions au Gouvernement, que le Gouvernement allait faire une réforme sur la justice des mineurs par ordonnance. Or vous n’en avez jamais parlé pendant les trente-trois heures de débat en commission des lois. »
« C’est assez extraordinaire ! Après la loi votée dans l’hémicycle, qui est censée être la norme, on nous propose la loi votée en commission ! Mais, la gourmandise ne s’arrêtant pas là, on nous propose aujourd’hui la loi élaborée en mission d’information de coproduction sur une ordonnance ! »
« J’essaierai de ne pas paraphraser les propos de l’excellent président Lagarde car il a dit beaucoup de choses, presque tout. Pourquoi et comment ? Nous avons tous conscience que l’ordonnance de 1945 peut et doit encore évoluer. »
« Madame la ministre, je reviendrai sur un point de méthode. Je vous avoue en effet mon étonnement : vous nous avez parlé de « dialogue », de « concertation », vous avez même évoqué, reprenant le mot d’un parlementaire, une « coproduction », mais comment cela peut-il être le cas quand on dépose un ame… »
« Quelques mots également sur la méthode, même s’il faudrait que nous en venions au fond. Je considère quant à moi, monsieur Lagarde, que le pourquoi est très important pour pouvoir décider du comment. »
« Le 23 octobre dernier, j’interrogeais le Gouvernement, dans le cadre d’une séance de questions d’actualité, sur les événements de Créteil. C’était l’une des premières questions sur le sujet. Vous étiez absente ce jour-là et M. Blanquer m’avait répondu. »