Proposition de loi visant à encadrer l'exploitation commerciale de l'image d'enfants de moins de seize ans sur les plateformes en ligne

Proposition de loi Protection de l'enfance Initiative parlementaire
100 % des votant·es ont voté pour. Seuil de 35 voix franchi.
Quasi unanimeVote transpartisan
Participation 12 %

Le parcours du texte

  1. 17 décembre 2019 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
  2. 25 juin 2020 1re lecture Sénat Modifié
  3. 6 octobre 2020 2e lecture Assemblée Adopté

Ce que change ce texte

Le 6 octobre 2020, l'Assemblée adopte en deuxième lecture la proposition de loi visant à encadrer l'exploitation commerciale de l'image d'enfants de moins de seize ans sur les plateformes en ligne, par 69 voix, aucune contre et aucune abstention. Tous les groupes qui expriment une voix votent pour.

  • Enfants filmés, employeurs agréésSoumet à autorisation administrative l’emploi d’un enfant « par un employeur dont l’activité consiste à réaliser des enregistrements audiovisuels dont le sujet principal est un enfant de moins de seize ans, en vue d’une diffusion à titre lucratif sur un service de plateforme de partage de vidéos » ; cette autorisation prend la forme d’un agrément, accordé pour une durée déterminée, retirable à tout moment et suspendable en cas d’urgence. art. 1er
  • Parents informésOblige l’autorité administrative à délivrer aux représentants légaux une information sur les « conséquences, sur la vie privée de l’enfant, de la diffusion de son image » sur une plateforme de partage de vidéos, ainsi que sur les obligations financières qui leur incombent. art. 1er
  • Recours au jugePermet à l’autorité administrative, lorsqu’un contenu est diffusé sans l’agrément ou la déclaration exigés, de saisir l’autorité judiciaire afin qu’elle ordonne toute mesure propre à « prévenir un dommage imminent ou à faire cesser un trouble manifestement illicite ». art. 2
  • Déclaration au-delà d’un seuilSoumet à déclaration auprès de l’autorité compétente la diffusion de l’image d’un enfant de moins de seize ans dont il est le sujet principal, dès lors que la durée cumulée ou le nombre de ces contenus, ou bien les revenus directs ou indirects qu’ils procurent, dépassent des seuils fixés par décret en Conseil d’État. art. 3
  • Revenus consignés jusqu’à 18 ansImpose qu’au-delà du seuil de revenus, ceux-ci soient « versés sans délai à la Caisse des dépôts et consignations » et gérés par cette caisse « jusqu’à la majorité de l’enfant » ou son émancipation, une part pouvant être laissée à la disposition des représentants légaux et des prélèvements autorisés en cas d’urgence. art. 3
  • Placement de produitOblige l’annonceur qui effectue un placement de produit dans un programme dont le sujet principal est un enfant de moins de seize ans à vérifier la situation du diffuseur et à verser la somme due à la Caisse des dépôts et consignations ; le manquement est puni de 3 750 € d’amende. art. 3
  • Chartes des plateformesImpose aux services de plateforme de partage de vidéos d’adopter des chartes : information des utilisateurs et des mineurs sur les risques, signalement des contenus portant atteinte à la dignité des enfants, mesures pour empêcher le profilage et la publicité ciblée à partir des données des mineurs, et mise en œuvre facilitée du droit à l’effacement. art. 4
  • Bilan du CSACharge le Conseil supérieur de l’audiovisuel de promouvoir l’adoption de ces chartes et de publier un bilan périodique de leur application et de leur effectivité, à partir des informations qu’il recueille auprès des plateformes. art. 5
  • Effacement sans les parentsDispense la personne mineure du consentement des titulaires de l’autorité parentale pour exercer son droit à l’effacement de ses données à caractère personnel. art. 6
  • Entrée en vigueur différéePrévoit que la loi entre en vigueur six mois après sa publication. art. 8

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

Adopté le 6 octobre 2020 : 69 voix pour, aucune contre. Dix groupes ont voté pour.

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
17FI16GDR15EDS30SOC16LT56DEM271LREM19AGIR17UDI104LR12NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise300
Gauche démocrate et républicaine200
Écologie Démocratie Solidarité100
Socialistes et apparentés200
Libertés et Territoires200
Mouvement Démocrate (MoDem) et Démocrates apparentés400
La République en Marche3800
Agir ensemble200
UDI et Indépendants200
Les Républicains1100
Non inscrit200

Les avis, pour et contre

Les positions exprimées sur le texte, avec les points de vigilance soulevés. Chaque position est attribuée et sourcée ; le site ne tranche pas.

Pour le texte, 4

Invite ses collègues à être fiers d’être « le premier Parlement au monde à vouloir encadrer l’exploitation commerciale de l’image des enfants », une pratique « très courante sur les réseaux sociaux ». Elle justifie ce cadre par le danger d’utiliser l’enfant « comme un outil publicitaire, au détriment de son bien-être et de ses droits, sans que les parents ou les responsables légaux aient toujours conscience de la portée de ces pratiques ».

Juge que le texte « ne constitue certes pas la panacée mais marque assurément une étape essentielle » vers la protection des mineurs et corrige une situation où certains enfants ne bénéficient pas de « la protection du droit du travail ». Elle signale une limite : les nouvelles tendances vidéo, telles celles apparues sur TikTok, « ne font pas intervenir les parents en tant que producteurs », semblant « remettre en cause l’effectivité » du texte.

Bruno StuderLREMrapporteur de la commission des affaires culturelles

Justifie d’adopter le texte sans le modifier : les apports du Sénat lui « semblent aboutir à un texte équilibré » et il annonce qu’il proposera « d’adopter sans modification la proposition de loi issue de la première lecture du Sénat ». Il rappelle sa motivation : « le travail des enfants est interdit en France, sauf dérogation », y compris à l’heure d’internet.

Ont voté pour. Tous les groupes qui expriment une voix soutiennent le texte, et le scrutin ne comporte ni voix contre ni abstention.

lire le passage ↗

Prise de parole

Compte rendu intégral de la séance

Les avis des experts indépendants

Le Défenseur des droits relève qu'en matière d'assistance éducative, des décisions de justice concernant des enfants sont encore prises sans que le mineur capable de discernement ait été entendu au préalable, alors que la loi le prévoit ; l'institution recommande la désignation systématique d'un avocat pour l'enfant capable de discernement afin de mieux garantir ses droits.

« Le droit des enfants à une justice adaptée », rapport annuel consacré aux droits de l'enfant, novembre 2025

Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 11 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Exploitation commerciale de l’image des enfants sur les plateformes en ligne), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

M. Adrien Taquet (secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles)
« Vous savez toutes et tous à quel point la ministre de la culture, Mme Roselyne Bachelot, aurait souhaité être avec vous aujourd’hui, mais il se trouve qu’elle applique scrupuleusement, comme chacun de nos concitoyens, les consignes sanitaires du Gouvernement. »
M. Bruno Studer (rapporteur de la commission des affaires culturelles et de l’éducation)
« L’occasion m’étant donnée de prendre de nouveau la parole au sujet de cette proposition de loi, je voudrais rappeler les raisons de mon intérêt pour cette question, après quoi je reviendrai sur les modifications apportées par le Sénat, qui me semblent aboutir à un texte équilibré. »
Mme Maud Petit MODEM
« Soyons fiers, mes chers collègues, d’être le premier Parlement au monde à vouloir encadrer l’exploitation commerciale de l’image des enfants, une pratique très courante sur les réseaux sociaux ! »
Mme Michèle Victory NG
« Être un « influenceur » est devenu pour nos enfants un doux rêve qu’il semble aisé de poursuivre dans cet espace de liberté qu’est l’internet, pour le meilleur et pour le pire. »
Mme Agnès Thill UDI
« Protéger nos enfants, leurs revenus et leur image, est vital. C’est dans cet esprit que nos prédécesseurs ont légiféré concernant la présence des enfants dans le milieu de la musique, de la mode et du cinéma. »
Mme Muriel Ressiguier FI
« L’avènement du web 2.0 a provoqué une révolution dans la vitesse de diffusion des contenus et dans leur multiplicité. Véritable phénomène sociétal, l’apparition de nouveaux modes de communication sur les plateformes entraîne des comportements inédits, notamment chez les jeunes générations qui sont f… »
Mme Marie-George Buffet GDR
« Dès sa première lecture, avec mes collègues du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, nous avons salué l’initiative de cette proposition de loi, prise par Bruno Studer. »
Mme Frédérique Dumas LREM
« Les enfants sont de plus en plus présents dans les vidéos partagées en ligne. Par ailleurs, grâce à la monétisation des vidéos et au partenariat avec des marques, certaines chaînes génèrent des revenus importants, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois pour les plus popula… »
Mme Albane Gaillot EDS
« Le jeune Américain Ryan Guan a gagné près de 26 millions de dollars en 2019, ce qui fait de lui le youtubeur le mieux payé au monde cette année. »
Mme Frédérique Meunier LR
« Comme le relève l’exposé des motifs de la proposition de loi, depuis plusieurs années, des vidéos mettant en scène des enfants à différents moments de leur vie sont publiées sur des plateformes telles que YouTube. »
Mme Marie-France Lorho NI
« Voici une proposition de loi consensuelle. Elle vient en effet encadrer les très nombreuses vidéos qui fleurissent sur les réseaux sociaux et qui mettent en scène des mineurs, parfois en bas âge. »

Le décryptage du créateur du site avis personnel

Une analyse signée du créateur du site, ouvertement engagée : à distinguer des positions et des travaux neutres ci-dessus. Ce n'est pas la position du site.

Le passage en commission

6 amendements examinés en commission, dont 4 adoptés.

Rapporteur·e·s de ce texte

Commission : Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Avant d'arriver dans l'hémicycle, ce texte a été examiné par la commission Affaires culturelles et éducation. 6 amendements y ont été déposés, dont 4 adoptés (qui ont modifié le texte avant le vote). C'est le texte issu de ces 4 adoptions qui est arrivé en séance, où 36 amendements de plus ont été discutés.

4 adoptés1 tombés1 retirés

Qui dépose, et qui fait adopter

Deux groupes ont déposé des amendements en commission : DEM (1 déposé, 0 adopté) et LAREM (5 déposés, 4 adoptés).

Où la commission a le plus changé le texte

Pour situer : sur les 380 grands votes de cette législature dont le texte est passé par une commission, la médiane est de 149 amendements et 33 adoptés.

Source : open data de l'Assemblée nationale (amendements + rapports de commission).

Le texte en détails

8 articles

Les documents officiels de ce texte :

le texte voté (PDF) ↗ sa fiche sur ce site le texte déposé (PDF) ↗ la fiche du texte déposé le rapport de commission n° 2651 ↗le rapport de commission n° 3380 ↗

Les 8 articles du texte adopté, chacun replié : son résumé en une phrase, le vote sur l'article, et les amendements qui y ont été mis aux voix (avec ce qu'ils proposaient).

  • Article 1er Étend l'autorisation d'emploi aux enfants de moins de 16 ans sujets principaux de vidéos lucratives sur une plateforme, et fait informer leurs représentants légaux de leurs obligations. 10 com. / 1 séance

    Étend l'autorisation d'emploi aux enfants de moins de 16 ans sujets principaux de vidéos lucratives sur une plateforme, et fait informer leurs représentants légaux de leurs obligations.

    1 amendement déposé sur cet article : 1 en séance, dont 1 adopté.

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  • Article 2 Permet à l'autorité administrative de saisir l'autorité judiciaire, faute de l'agrément ou de la déclaration exigés, pour prévenir un dommage imminent ou faire cesser un trouble manifestement illicite. 40 com. / 4 séance

    Permet à l'autorité administrative de saisir l'autorité judiciaire, faute de l'agrément ou de la déclaration exigés, pour prévenir un dommage imminent ou faire cesser un trouble manifestement illicite.

    4 amendements déposés sur cet article : 4 en séance, dont 1 adopté.

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  • Article 3 Soumet à déclaration, au-delà de seuils, les vidéos sur plateforme dont un enfant de moins de 16 ans est le sujet principal, consigne les revenus, sous peine d'amende. 113 com. / 8 séance

    Soumet à déclaration, au-delà de seuils, les vidéos sur plateforme dont un enfant de moins de 16 ans est le sujet principal, consigne les revenus, sous peine d'amende.

    11 amendements déposés sur cet article : 3 en commission, dont 3 adoptés, puis 8 en séance, dont 1 adopté.

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  • Article 4 Oblige les plateformes de partage de vidéos à adopter des chartes protégeant l'image, la dignité et les données personnelles des enfants de moins de 16 ans. 112 com. / 9 séance

    Oblige les plateformes de partage de vidéos à adopter des chartes protégeant l'image, la dignité et les données personnelles des enfants de moins de 16 ans.

    11 amendements déposés sur cet article : 2 en commission, dont 1 adopté, puis 9 en séance, dont 4 adoptés.

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  • Article 5 Charge le Conseil supérieur de l'audiovisuel de promouvoir les chartes de protection des enfants auprès des plateformes de partage de vidéos, et d'en publier un bilan périodique. 60 com. / 6 séance

    Charge le Conseil supérieur de l'audiovisuel de promouvoir les chartes de protection des enfants auprès des plateformes de partage de vidéos, et d'en publier un bilan périodique.

    6 amendements déposés sur cet article : 6 en séance.

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  • Article 6 Dispense le mineur du consentement des titulaires de l'autorité parentale pour exercer le droit à l'effacement de ses données personnelles. 30 com. / 3 séance

    Dispense le mineur du consentement des titulaires de l'autorité parentale pour exercer le droit à l'effacement de ses données personnelles.

    3 amendements déposés sur cet article : 3 en séance, dont 1 adopté.

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  • Article 7 Impose au Gouvernement un rapport au Parlement, sous 6 mois, évaluant le renforcement de la protection des données des mineurs depuis le règlement européen de 2016.

    Impose au Gouvernement un rapport au Parlement, sous 6 mois, évaluant le renforcement de la protection des données des mineurs depuis le règlement européen de 2016.

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  • Article 8 Fait entrer la loi en vigueur 6 mois après sa publication.

    Fait entrer la loi en vigueur 6 mois après sa publication.

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Articles du texte adopté et votes internes : données officielles de l'Assemblée nationale. Les résumés d'articles et de chaque amendement sont rédigés à partir du texte, puis vérifiés.

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue