Amendement de Mme Obono (FI) · art. 4

88 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 42 voix non atteint. 2 abstentions.
Net
Participation 15 %

Amendement n° 930 · ART. 4, déposé par Mme Obono FI +16 cosignataires.

L'essentiel : Cet amendement voulait étendre aux couples de femmes mariées la présomption qui, chez les couples hétérosexuels, fait automatiquement de l’époux le parent de l’enfant né pendant le mariage, au nom de l’égalité.

Texte exact de l'amendement

I. – Après l’alinéa 3, insérer les deux alinéas suivants : « a bis ) Le même article 6‑1 est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Par dérogation à l’alinéa précédent, les dispositions prévues à l’article 312 du code civil sont applicables, que les parents soient de même sexe ou de sexe différent. » II. – En conséquence, après l’alinéa 12, insérer les deux alinéas suivants : « e bis ) L’article 312 est ainsi rédigé : « Art. 312. – L’enfant conçu ou né dans le mariage a pour autre parent que la mère son époux ou son épouse. »

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Le présent amendement est une mesure à la fois de simplification et d’égalité, il vise à étendre la présomption de la parentalité au couples lesbiens mariés. A l’heure actuelle, la présomption de paternité établit automatiquement la filiation paternelle dans les couples hétérosexuels mariés. La loi présume que le mari est le père de l’enfant né ou conçu pendant le mariage, sans qu’il y ait besoin de preuve ou d’engagement supplémentaire de sa part. Nous proposons d’étendre cette possibilité aux couples lesbiens mariés et ce dans les mêmes conditions. La vraisemblance biologique, ou son absence ici, n’est pas un obstacle puisque dans les couples lesbiens la filiation et la biologie sont de toute façon distincts. Il n’est pas question de créer une illusion de lien biologique mais de leur donner, en toute égalité, les mêmes possibilités qu’aux couples hétérosexuels de faire reconnaître leur filiation de manière automatique dans le cadre du mariage. Rappelons par ailleurs pour ce qui est de la vraisemblance biologique que les couples hétérosexuels conservent le droit à la présomption de paternité y compris lorsque l’enfant est issu d’un don de sperme.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 24 juillet 2019 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
  2. 4 février 2020 1re lecture Sénat Modifié
  3. 3 février 2021 2e lecture Sénat Modifié
  4. 17 février 2021 Commission mixte paritaire Accord
  5. 24 juin 2021 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
  6. 29 juillet 2021 Conseil constitutionnel Conforme

Le texte

Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :

Le projet de loi inscrit dans le code civil que nul n’a de droit à l’enfant et réécrit la définition de l’assistance médicale à la procréation, présentée comme ayant pour objet de remédier à l’infertilité d’un couple formé d’un homme et d’une femme. Il ajoute aux données publiées par l’Agence de la biomédecine la liste des causes et pathologies ayant motivé le recours à l’assistance médicale à la procréation et leur pondération quantitative, et permet à un médecin d’accéder à certaines informations médicales dans le cadre du don de gamètes. Il pose en droit de la filiation qu’il ne peut être légalement établi deux filiations maternelles ou deux filiations paternelles à l’égard d’un même enfant. Il encadre les effets, en France, des actes de l’état civil et jugements étrangers, hors jugements d’adoption, établissant la filiation d’un enfant né d’une convention de gestation pour le compte d’autrui. Il modifie en outre les règles relatives au don d’organes, de tissus et de cellules et prévoit que le statut de donneur d’organes, de tissus ou de cellules reconnu par la Nation peut ouvrir des droits, dans le respect du dernier alinéa de l’article 16-1 du code civil.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
17FI15GDR17EDS28SOC18LT46MODEM280LREM17AGIR19UDI103LR12NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise200
Gauche démocrate et républicaine100
Écologie Démocratie Solidarité200
Socialistes et apparentés100
Libertés et Territoires000
Mouvement Démocrate et apparentés060
La République en Marche1521
Agir ensemble011
UDI et Indépendants020
Les Républicains1130
Non inscrit010
Mises au point de vote 1

Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.

Une autre mise au point émane de député·es qui ne figurent pas dans le relevé nominatif de ce scrutin : aucun vote n'y est enregistré à leur nom.

Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗

Ce qui s'est dit sur cet amendement

Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 930 en séance (Bioéthique), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.

Mme Danièle Obono FI
« L’amendement n o 928 porte sur la possession d’état, qui a déjà été évoquée. Nous le maintenons, car les réponses de la rapporteure et du ministre ne nous ont pas semblé convaincantes. La possession d’état permet aux couples d’établir l’existence d’un lien de filiation avec leur enfant, même en l’absence de lien biologique. Or à ce jour, les femmes concubines ou en couple ayant un enfant ne peuvent bénéficier de ce mécanisme. Nous proposons de mettre fin à cette discrimination par le biais d’un processus simplifié. Madame la rapporteure, il s’agit d’une proposition d’un collectif d’associations que vous avez rencontré et que vous avez dû entendre sur cette question. »
Mme Coralie Dubost (rapporteure)
« Ces différents amendements ont en commun de vouloir refonder le droit de la filiation – le titre VII du code civil – en instaurant une égalité parfaite entre les différents modes de filiation hétéroparentale et homoparentale. Ce n’est pas le choix retenu dans ce texte car ce projet de loi ne se propose pas de réformer le droit de la filiation en général. Nous restons dans le cadre d’une loi de bioéthique et le dispositif que nous avons retenu tire les conséquences de l’extension de la PMA à toutes les femmes sans remodeler l’ensemble du droit de la filiation. »
M. Éric Dupond-Moretti (garde des sceaux)
« Madame Battistel, le Gouvernement est défavorable à votre amendement n o 2156. […] Monsieur Chiche, le Gouvernement est défavorable à votre amendement n o 409. […] Tout à fait. […] Madame Vanceunebrock, je ne connais pas personnellement M. Raphaël Gérard, mais je vous prie de lui transmettre tous mes vœux de prompt rétablissement ; je serais ravi de le voir revenir parmi vous et de le rencontrer. La question de l’établissement de la filiation à l’égard des personnes transgenres dépasse largement celle de l’AMP ; selon le Gouvernement, elle n’a pas sa place dans la loi de bioéthique. Je vous suggère de retirer l’amendement ; à défaut, j’y serai défavorable. »
Mme Elsa Faucillon GDR
« Madame la rapporteure, quand vous dites que le bouleversement de la filiation qu’impliqueraient ces changements ne peut se faire dans la loi de bioéthique, vous reconnaissez en fait, comme nous, que l’extension à toutes les femmes du droit à la PMA n’était pas vraiment une question de bioéthique. Nous sommes d’accord : il s’agit de l’extension d’un droit existant, et bien que ravies de pouvoir voter aujourd’hui cette disposition, nous continuons à estimer qu’elle n’avait pas sa place dans une loi de bioéthique. »
M. Thibault Bazin LR
« La solution du Sénat avait le mérite de ne pas modifier les fondements de notre droit de la filiation et d’utiliser les règles existantes conformément à la réalité. Ce n’est pas rien, la réalité, monsieur le garde des sceaux, quand on fait du droit ! Soit la femme accouche et devient mère par ce biais – mater semper certa est , puisque vous voulez faire du latin –, soit elle n’accouche pas et veut établir un lien de filiation par la seule volonté. Notre droit offre cette possibilité grâce à l’adoption. »
M. Guillaume Chiche LREM
« Monsieur le garde des sceaux, avec tout le respect que je vous dois, je dois avouer que votre attitude prête à sourire. […] Il ne faudrait pas qu’elle nous amène dans une situation gênante, voire insultante pour la représentation nationale. […] Vous dites que le droit, c’est la concision ; j’entends l’idée et je pourrais la partager. Mais je ne participe pas au travail de cette assemblée sur des sujets denses qui nous mobilisent depuis de longs mois, parfois de longues années, pour qu’on me délivre des consignes de vote en me disant : « Monsieur Chiche, avis défavorable ». J’attends quelques explications. »

17 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue