Amendement de M. David Habib (NG) · art. 18

76 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 66 voix non atteint. 8 abstentions.
MajoritaireClivage gauche-droiteBloc fracturé
Participation 24 %

Amendement n° 1007 · ART. 18, déposé par M. David Habib NG +28 cosignataires.

L'essentiel : Sur le nouveau délit de mise en danger par diffusion d’informations, cet amendement voulait préciser qu’il ne saurait réprimer les révélations destinées à informer le public, afin de préserver la liberté d’informer.

Texte exact de l'amendement

Après l’alinéa 2, insérer l’alinéa suivant : « Cette disposition n’a pas pour objet et ne peut avoir pour effet de réprimer la révélation ou la diffusion de faits, de messages, de données, de sons ou d’images qui ont pour but d’informer le public alors même que ces informations pourraient ensuite être reprises et retransmises par des tiers dans le but de nuire à la personne qu’elles permettent d’identifier ou de localiser. »

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Cet amendement du groupe socialistes et apparentés vise à préciser la définition du délit de mise en danger de la vie d'autrui par diffusion d'information. Dans sa rédaction, cet amendement reprend la réserve formulée par le Conseil d'Etat dans son avis sur le texte. Il s'agit ainsi de veiller à ce que ce nouveau délit ne porte pas d'atteinte à la liberté d'informer.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 9 décembre 2020 Dépôt du texte Assemblée entrée au Parlement
  2. 12 avril 2021 1re lecture Sénat Modifié
  3. 14 mai 2021 Commission mixte paritaire Accord
  4. 20 juillet 2021 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
  5. 13 août 2021 Conseil constitutionnel Partiellement conforme

Ce que change ce texte

Le texte impose à tout organisme de droit public ou de droit privé auquel la loi ou le règlement confie directement l'exécution d'un service public d'assurer l'égalité des usagers et de veiller au respect des principes de laïcité et de neutralité du service public. Il complète l'article 1er de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État en y mentionnant, à côté du libre exercice, la libre pratique, et interdit dans l'espace public le port par des mineurs de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. Il instaure une déclaration solennelle d'adhésion prononcée par tout agent de la police ou de la gendarmerie nationales avant sa prise de fonctions, et prévoit que le fonctionnaire est formé au principe de laïcité. Il ajoute l'atteinte grave aux principes de laïcité et de neutralité des services publics aux motifs justifiant la suspension d'un acte des collectivités territoriales déféré au juge administratif. Un décret doit préciser les conditions dans lesquelles le référent laïcité de certains établissements échange avec les agences régionales de santé sur les manquements à l'exigence de neutralité.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Les moyens du texte d'ensembleet leur sort
  • Contrat d'engagement républicain pour les associations subventionnées Adopté

    Toute association demandant une subvention publique doit signer un contrat par lequel elle s'engage à respecter les principes de la République ; le non-respect peut entraîner le retrait de la subvention.

    En vigueur.

  • Instruction en famille soumise à autorisation Adopté

    L'instruction à domicile, jusque-là déclarative, est soumise à une autorisation préalable accordée pour des motifs limités (santé, pratique sportive, situation propre à l'enfant).

    En vigueur depuis la rentrée 2022.

  • Extension de l'obligation de neutralité au service public délégué Adopté

    Les salariés des organismes privés chargés d'une mission de service public (par exemple un délégataire) sont soumis aux obligations de neutralité et de laïcité.

    Maintenu dans la loi promulguée.

  • Renforcement du contrôle des associations cultuelles Adopté

    Les associations relevant de la loi de 1905 doivent se déclarer en préfecture tous les cinq ans, leurs obligations comptables sont renforcées et le contrôle des financements étrangers est accru.

    Maintenu dans la loi promulguée.

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
17FI16GDR29SOC17LT58DEM269LREM21AGIR19UDI105LRdivisé24NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise500
Gauche démocrate et républicaine400
Socialistes et apparentés420
Libertés et Territoires200
Mouvement Démocrate (MoDem) et Démocrates apparentés0120
La République en Marche0810
Agir ensemble203
UDI et Indépendants301
Les Républicains5103
Non inscrit001
Mises au point de vote 2

Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.

Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗

Ce qui s'est dit sur cet amendement

Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 1007 en séance (Respect des principes de la République), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.

M. Boris Vallaud NG
« Cet amendement peut à mon sens recueillir les suffrages de l’ensemble de la représentation nationale… […] …car il ne s’oppose en aucune manière à l’intention du Gouvernement, bientôt relayée par le législateur, de permettre la poursuite d’un certain nombre de crimes et de délits tout en protégeant la liberté de la presse, liberté à laquelle nous sommes, les uns et les autres, attachés. »
Mme Laetitia Avia (rapporteure)
« Avis défavorable. Vous le dites vous-même, monsieur Vallaud, votre amendement ne fait que retranscrire l’avis du Conseil d’État. […] Ses avis éclairent les parlementaires sur la portée des mesures proposées par le Gouvernement dans les projets de loi. En l’espèce, le Conseil d’État nous dit qu’il n’a aucun doute et qu’il n’y a aucun problème avec la liberté et le droit d’informer. Cela a donc été dit une première fois, et nous le rappelons dans le cadre de nos débats en affirmant les choses avec la plus grande clarté. Par ailleurs, je vous rappelle que l’article 18 modifie le code pénal. »
M. Éric Dupond-Moretti (garde des sceaux)
« Pardonnez-moi de répondre de manière un peu abrupte : vessie, c’est vessie ; lanterne, c’est lanterne. Nuire, c’est nuire ; informer c’est informer. Nous n’allons pas infiniment tourner autour du pot ! Auriez-vous la volonté d’agiter le chiffon rouge de la privation de liberté des journalistes, liberté dont vous seriez les seuls garants ? Je suis attaché comme vous à la liberté de la presse ; ce n’est pas ce qui est en cause ici. Si un journaliste, dans sa mission de journaliste, nous informe d’un certain nombre de choses, il ne tombe en rien sous le coup de l’article 18. […] Ces propos vous engagent, j’entends bien, mais je veux vous rassurer. »
M. Éric Coquerel FI
« Je regrette la réponse abrupte qui vient de nous être faite. L’amendement dont nous débattons reflète un sentiment partagé sur plusieurs bancs de notre assemblée. Dans ces conditions, je pense que le Gouvernement devrait s’interroger. L’adoption de l’amendement permettrait peut-être que l’article 18 soit adopté à l’unanimité, ce que vous appeliez de vos vœux, madame la rapporteure. Vous nous expliquez, monsieur le ministre, qu’avec la version actuelle du projet de loi, on ne peut pas confondre la volonté de nuire avec celle d’informer et d’exercer la liberté de la presse. Je vous rappelle que le droit à l’information ne concerne pas que la presse : il vaut pour tous les citoyens. »
M. Marc Le Fur LR
« Je serai censuré ce soir puisque je préside la séance de vingt et une heures… […] Cet amendement m’inquiète. Vous évoquez la presse, mais je ne vois nulle part que la presse soit citée dans le dispositif proposé : c’est l’information diffusée par tout un chacun qui est visée. Pour reprendre un sujet que j’évoquais tout à l’heure, l’amendement peut parfaitement justifier l’action d’un certain nombre de gens qui, au nom de l’information qu’ils prétendent vouloir diffuser, entreraient dans des exploitations agricoles ou des usines comme ils veulent. Il leur suffira de prétendre ne pas nuire alors même que l’information en question va nuire. »
M. Boris Vallaud NG
« Pour répondre au garde des sceaux, « la lanterne n’éclaire que celui qui la tient ». […] J’ai donc supposé que nous pouvions éclairer plus largement par une précision qui ne retire rien à la rédaction initiale. Durant ce débat, je ne me souviens pas d’avoir employé une seule fois – il n’appartient d’ailleurs pas à mon registre de langue – l’adjectif « liberticide », qui vous est si désagréable. En toute chose, j’essaie d’analyser précisément les textes que l’on nous soumet, car nous ne légiférons pas seulement pour nous-mêmes : après vous, il y aura un « après », dont je ne suis pas sûr qu’il sera nécessairement radieux. […] Nous verrons bien ! »

8 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.

Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 9 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Respect des principes de la République), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

Mme Laetitia Avia (rapporteure de la commission spéciale pour le chapitre IV du titre Ier)
« Ne prenons pas cette habitude, monsieur de Courson : vous n’avez pas défendu le bon amendement ! Et je ne le défendrai pas à votre place, n’est-ce pas ? »
M. Éric Dupond-Moretti (garde des sceaux, ministre de la justice)
« Cela ne change pas grand-chose car le Gouvernement est également défavorable à vos autres amendements, monsieur de Courson ! Avis défavorable. »
M. Pierre-Yves Bournazel AGIR
« Je profite de l’occasion pour souligner un problème de rédaction de l’alinéa, qui vise les faits « commis au préjudice d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou des titulaires » : il serait en effet plus clair d’indiquer « ou titulaire ». »
M. Charles de Courson LC
« Je l’ai déjà défendu et je connais déjà l’avis du ministre et de la rapporteure : tout va bien ! Plus sérieusement, comment justifier une majoration aussi forte des peines dans le cas où les faits sont commis à l’encontre d’un mineur ? »
M. Boris Vallaud NG
« …qui nous paraît de bon sens. De la même manière que les dirigeants d’une association sont responsables des faits commis par l’un de ses membres, on doit pouvoir envisager une forme de responsabilité de la chaîne de télévision qui invite ou emploie des gens qui font commerce de la haine, qui s’autop… »
M. Éric Coquerel FI
« …du temps programmé, voulais-je dire, qui nous empêche d’argumenter dans le détail comme il conviendrait de le faire. Je comprends que ce ne soit pas gênant pour ceux qui n’en subissent pas les effets, mais c’est vraiment un problème que toutes les opinions ne puissent s’exprimer. »
M. Hubert Wulfranc GDR
« …depuis quelques instants est sur toutes les lèvres, pour que la fausse pudeur « républicaine » de toute une assemblée, qui d’ordinaire est prompte à refuser aux journalistes le droit de revendiquer leur liberté d’expression,… »
Mme Emmanuelle Ménard NI
« Il se fonde sur l’article 55. J’apporterai une note discordante par rapport aux nombreuses interventions précédentes : je ne crois pas qu’Éric Zemmour – puisque c’est de lui qu’il s’agit – soit un dangereux terroriste. Il dénonce l’islamisme à longueur de journées. »
Mme Emmanuelle Anthoine LR
« Cet amendement vise à permettre aux associations qui assistent les fonctionnaires et les agents chargés d’une mission de service public, de pouvoir se constituer parties civiles dans les affaires de violence, de voie de fait, injure, diffamation, harcèlement moral, discours de haine et contenu en li… »

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue