Amendement de M. Prud'homme (FI) · après art. 20

90 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 21 voix non atteint.
Net
Participation 7 %

Amendement n° 2323 · APRÈS ART. 20, déposé par M. Prud'homme FI +16 cosignataires.

L'essentiel : Pour requalifier en salariés les chauffeurs VTC et livreurs des plateformes, cet amendement voulait inscrire dans la définition du travailleur indépendant l’absence de subordination économique envers le donneur d’ordre.

Texte exact de l'amendement

L’article L. 8221‑6-1 du code du travail est complété par les mots : « et qui ne se trouve pas en situation de subordination économique avec celui-ci. »

Exposé des motifs de l'auteur·rice

Par cet amendement, nous souhaitons requalifier en salariés tous les travailleurs « indépendants » de plateformes. L’économie collaborative a donné naissance à un nouveau type de travail reconnu par la loi comme « indépendants » mais qui, dans les faits, ne sont ni salariés, ni indépendants : chauffeurs de VTC, livreurs à vélo, prestataires de services multiples et au volume grandissant, ces travailleurs ne sont pas libres de fixer leur tarif, d’établir leur rythme de travail et, dans de plus en plus de cas (comme les chauffeurs VTC qui louent leur voiture pour travailler) ne possèdent pas leur outil de travail. Pour certains comme les livreurs à vélo, l’uniforme est imposé. Ces travailleurs ne sont pas, de fait, indépendants car ils n’ont aucune des libertés liées à ce statut. Hélas, ils n’ont pas non plus les protections liées au statut de salarié : leurs accidents du travail ne sont pas indemnisés et leur plate-forme n’est pas responsable, ils n’ont pas de représentants du personnel, ils n’ont pas de salaire minimum, ils n’ont en fait aucun garantie compensatrice de leur position de subordination.

Texte officiel de l'amendement (open data de l'Assemblée nationale).

Le parcours du texte parent

Ce vote ne portait que sur un amendement (son sort est en haut de la carte) ; voici le parcours du texte entier auquel il se rattache.

  1. 26 novembre 2018 Dépôt du texte Sénat entrée au Parlement
  2. 2 avril 2019 1re lecture Sénat Adopté
  3. 11 juillet 2019 Commission mixte paritaire Accord
  4. 5 novembre 2019 Nouvelle lecture Sénat Rejeté
  5. 20 décembre 2019 Conseil constitutionnel Partiellement conforme

Le texte

Ce vote porte sur un amendement ou un article du texte(L'Assemblée nationale n'a pas adopté). En voici l'enjeu d'ensemble :

Le projet de loi fixe la stratégie et la programmation financière et opérationnelle des investissements de l'État dans les systèmes de transports pour la période 2019-2037, autour de quatre objectifs dont la réduction des inégalités territoriales. Il arrête la trajectoire de dépenses de l'Agence de financement des infrastructures de transport de France pour 2019 à 2023, en crédits de paiement et en millions d'euros courants : 2 683, puis 2 982, 2 687, 2 580 et 2 780. Il réécrit les dispositions du code des transports relatives au Conseil d'orientation des infrastructures, dont les membres comprennent trois députés, et substitue la notion de mobilité à celle de transport dans l'intitulé et plusieurs articles de ce code. Il ajoute la création ou l'aménagement de pôles d'échanges multimodaux dimensionnés aux flux de passagers parmi les orientations de la politique des transports, et demande au Gouvernement un rapport au Parlement, au plus tard le 1er octobre 2019, sur les niveaux de fiscalité du secteur aérien en France et leur comparaison. Le texte est dépourvu d'exposé des motifs et l'extrait ne porte que sur ses premiers articles.

Le texte d'ensemble en détail (résumé complet, travaux, votes liés)

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
17FI16GDR29SOC16LT46MODEM306LREM29UDI104LR14NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise100
Gauche démocrate et républicaine200
Socialistes et apparentés000
Libertés et Territoires100
Mouvement Démocrate et apparentés050
La République en Marche0290
UDI, Agir et Indépendants000
Les Républicains030
Non inscrit000
Mises au point de vote 1

Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.

Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗

Ce qui s'est dit sur cet amendement

Prises de parole lors de la discussion de l'amendement no 2323 en séance (Mobilités), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel, dans l'ordre où elles ont été prononcées. L'amendement n'est pas toujours défendu par la personne qui l'a déposé.

M. Éric Coquerel FI
« Avant de présenter cet amendement, je veux remercier Mme la ministre pour l’hommage qu’elle a rendu aux marins de la SNSM. Peut-être mon émotion toute particulière tient-elle aux attaches que j’ai nouées, dans mon ancienne vie professionnelle, avec le port des Sables-d’Olonne. La SNSM, je le rappelle, ce sont, chaque année, 6 971 interventions et 9 243 personnes secourues, pour un budget, seulement composé de dons – puisque c’est une association bénévole –, de 30 millions d’euros. J’imagine, aujourd’hui, la peine provoquée par la mort de trois marins et la disparition d’un marin pêcheur. Nous aurions pu, me semble-t-il, respecter une minute de silence : cela n’aurait pas été de trop. »
Mme Bérangère Couillard (rapporteure)
« Les garanties d’indépendance que nous octroyons aux chauffeurs de VTC et aux livreurs, notamment, avec l’article 20 du texte – que ce soit le droit à la déconnexion ou le droit au refus de course –, permettent justement l’exercice de cette activité sans lien de subordination avec la plateforme. Parmi les personnes que j’ai rencontrées lors des auditions, notamment les syndicats de chauffeurs de VTC, nombreuses sont celles qui ne veulent pas être salariées. Or vous voulez demander à des travailleurs indépendants de devenir tous salariés. »
Mme Élisabeth Borne (ministre)
« Même avis, défavorable. Il faut accepter qu’un certain nombre de jeunes souhaitent accéder à l’emploi et exercer des métiers – dont on espère qu’ils seront aussi intéressants et valorisants que possible ––, bref, avoir un parcours professionnel sous le statut de travailleur indépendant. Dès lors, nous devons bâtir les protections et définir les garanties qui accompagnent ce statut, sans vouloir obligatoirement en revenir à un statut connu, le salariat, qui n’est pas forcément adapté et qui ne correspond pas aux aspirations des intéressés. »
M. Jean-Paul Lecoq GDR
« J’ai le souvenir de salariés qui ont fait usage de leur droit à ne pas effectuer certaines tâches parce qu’ils les jugeaient dangereuses, elles ou le matériel qu’on leur demandait d’utiliser pour les faire. Cela s’appelle le droit de retrait. Je pense aussi aux salariés qui, de par un statut antérieurement acquis, ont le droit de refuser de travailler le dimanche. Je pense enfin aux salariés qui, parce qu’ils ont fait usage de ces droits, ont été licenciés. Vous parlez de certains « droits » offerts aux travailleurs indépendants – droit à la déconnexion ou droit de refuser une livraison, par exemple. »
M. Éric Coquerel FI
« Comme vient de le dire mon collègue Lecoq, nous ne rencontrons ni les mêmes syndicats, ni les mêmes personnes. Je me rappelle la réaction, dans les quartiers de ma circonscription, à la fameuse phrase d’Emmanuel Macron, alors candidat, selon laquelle Uber vaut mieux que dealer. Je puis vous assurer que les gens trouvaient cette comparaison très dévalorisante par rapport à leur vision d’un devenir professionnel qui n’est pas forcément lié à la précarité. »
Mme Élisabeth Borne (ministre)
« Le lien de subordination, monsieur le député, ce n’est ni vous ni moi qui en déciderons, mais le juge, et c’est bien que les choses restent ainsi. Ensuite, chacun peut avoir ses convictions. Vous avez les vôtres, j’ai les miennes, et vous n’êtes pas obligé de faire un procès en cynisme à ceux qui ne partagent pas vos convictions. Monsieur Lecoq, je n’ai jamais dit que les jeunes réclamaient de la précarité. Nous traitons d’une question compliquée, sur laquelle nous essayons d’avancer au mieux. »

6 autres prises de parole ont suivi dans cette discussion, à lire dans le compte rendu.

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue