La motion de rejet préalable, déposée par M. Boris Vallaud, de la proposition de loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive

79 % des votant·es ont voté contre. Seuil de 109 voix non atteint. 1 abstention.
MajoritaireClivage gauche-droite
Participation 38 %

Le parcours du texte

  1. 3 février 2025 Dépôt du texte Sénat entrée au Parlement
  2. 18 mars 2025 1re lecture Sénat Adopté
  3. 9 juillet 2025 2e lecture Sénat Modifié
  4. 7 août 2025 Conseil constitutionnel Partiellement conforme

Ce que change ce texte

Le texte modifie le code de l’entrée et du séjour des étrangers pour étendre les critères de rétention des personnes condamnées, notamment en incluant des faits graves ou un comportement risquant une récidive. Il permet une prolongation unique de la rétention dans les mêmes conditions. Des précisions sont ajoutées sur les modalités de détention, notamment le suivi des heures d’alimentation. Des ajustements sont également apportés à des articles concernant les procédures et les conditions de rétention. Les dispositions entreront en vigueur à une date fixée par décret.

Les moyens du texte, et leur sort

  • Porter la rétention à 180, voire 210 jours Censuré

    La mesure centrale du texte : allonger la durée maximale de rétention administrative (90 jours en droit commun) jusqu'à 180 jours, voire 210 jours, pour les étrangers condamnés pour certaines infractions graves ou visés par une mesure d'éloignement liée à ces infractions.

    Censuré par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025) : atteinte non proportionnée à la liberté individuelle.

  • Maintenir en rétention pendant les appels Censuré

    Donner un effet suspensif élargi aux appels du parquet ou de l'administration contre les décisions de remise en liberté : l'étranger serait resté en rétention le temps que l'appel soit jugé.

    Censuré par la même décision n° 2025-895 DC.

  • Relever les empreintes sans consentement Adopté

    En cas de refus caractérisé, les empreintes digitales et photographies peuvent être prises sans le consentement de l'intéressé, sur autorisation du procureur et en présence de l'avocat.

  • Étendre la rétention de demandeurs d'asile Adopté

    Un demandeur d'asile sans garanties de représentation suffisantes peut être placé en rétention s'il présente une menace pour l'ordre public.

    Validé sous réserve d'interprétation : la menace doit être réelle, actuelle et suffisamment grave, appréciée au cas par cas.

  • Sécuriser les délais de procédure Adopté

    Plusieurs délais de la procédure de rétention sont convertis de jours en heures (96, 120, 144 heures) pour fiabiliser leur décompte, et la traçabilité en rétention est renforcée (registre des horaires, fouilles, opérations d'identification).

Comprendre les votes

Comment chaque groupe a voté

PourContreAbstentionNon-votant N'a pas pris part au scrutin
71LFI17GDR38EcoS66SOC23LIOT36DEM93EPR34HOR49DR16UDR123RN11NI
Survolez une barre pour les chiffres d'un groupe, cliquez pour la liste nominative. Sigle souligné et « divisé » : moins de 60 % de ses votants sur la position majoritaire.
Vote de chaque groupe : pour, contre, abstention
GroupePourContreAbstention
La France insoumise - Nouveau Front Populaire1400
Gauche Démocrate et Républicaine200
Écologiste et Social1010
Socialistes et apparentés1801
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires020
Les Démocrates0180
Ensemble pour la République0460
Horizons & Indépendants0140
Droite Républicaine0280
UDR070
Rassemblement National0560
Non inscrit010
Mises au point de vote 1

Sous son analyse de ce scrutin, l'Assemblée publie une rubrique « Mises au point » où des député·es font consigner la position qu'ils avaient voulu prendre. Elle ne rectifie pas le scrutin : le relevé ci-dessus reste le résultat officiel, et l'Assemblée le publie inchangé dans le même document.

Lire la rubrique « Mises au point » sur l'analyse officielle du scrutin ↗

Les avis des experts indépendants

Au 1er juin 2025, 84 447 personnes étaient détenues en France pour 62 566 places opérationnelles, soit un taux d'occupation d'environ 135%, un niveau record. Sur un an, le nombre de personnes détenues a augmenté de plus de 6%. Cette saturation des prisons pèse sur toute mesure qui alourdit le recours à l'emprisonnement ou allonge les peines, faute de places disponibles pour les exécuter dans des conditions dignes.

Statistique mensuelle de la population écrouée et détenue, 2025

C'est la certitude d'être pris, bien plus que la sévérité de la peine, qui dissuade : augmenter des peines déjà longues n'a, au mieux, qu'un effet dissuasif très modeste, et la présence policière (qui accroît le sentiment d'être pris) pèse davantage qu'un simple durcissement des peines.

synthèse des recherches sur la dissuasion (agence de recherche, États-Unis)

Ce qu'il s'est dit d'autre en séance 12 prises de parole de la discussion, reprises du compte rendu officiel

Premières prises de parole de la discussion de ce texte en séance (Maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité), reprises telles quelles du compte rendu intégral officiel : une par orateur·rice, dans l'ordre du compte rendu, sans sélection éditoriale.

M. Bruno Retailleau (ministre d’État, ministre de l’intérieur)
« Ce texte est le fruit du travail parlementaire, mais il est surtout le produit d’un drame : la mort tragique de la jeune Philippine. Tous ici, quels que soient nos appartenances, nos parcours et nos sensibilités, nous avons été saisis d’effroi face à cet assassinat. »
M. Olivier Marleix (rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République)
« Cette proposition de loi est importante. L’incapacité à assurer l’éloignement des étrangers les plus dangereux est l’un des échecs les plus inacceptables de nos politiques d’ordre public et suscite, à juste titre, l’incompréhension et l’indignation de nos compatriotes. »
Mme Céline Hervieu SOC
« Cette proposition de loi est censée répondre à un drame tragique : le viol d’une femme par un homme déjà condamné, sous le coup d’une interdiction de territoire, mais sorti de rétention sans qu’un laissez-passer consulaire lui ait été accordé. »
M. Jean-François Coulomme LFI
« Si nous devions légiférer systématiquement à chaque fait divers, vous auriez pu proposer une loi punissant sévèrement les crapules qui détournent des millions d’euros d’argent public au détriment de l’intérêt général. »
M. Hendrik Davi ECOS
« Nous voterons pour cette motion de rejet préalable car, quel que soit le drame, on ne légifère pas bien sous le coup de l’émotion ; c’est une règle que nous devrions appliquer. Plus grave encore, vous continuez votre course à l’échalote avec le Rassemblement national. »
Mme Anne Bergantz DEM
« Je regrette une nouvelle fois que les motions de rejet versent dans la démagogie et la caricature. Justifier le rejet de cette proposition de loi au motif qu’elle serait hostile aux étrangers… »
M. Xavier Albertini HOR
« Le groupe Horizons & indépendants votera évidemment contre la motion de rejet préalable déposée par nos collègues du groupe Socialistes et apparentés. »
M. Paul Molac LIOT
« Cette proposition de loi ne mérite pas tant d’ignominies. Son objet est relativement circonscrit : elle vise à prolonger de quelques jours la rétention en CRA des étrangers particulièrement dangereux en situation irrégulière, afin de mieux évaluer leur dangerosité ou d’obtenir des laissez-passer con… »
Mme Elsa Faucillon GDR
« Nous voterons résolument pour cette motion de rejet préalable. Ce texte de loi illustre parfaitement la manière dont certains instrumentalisent un crime abject pour proposer une solution à la fois indigne et inefficace. »
M. Matthieu Bloch AD
« Nous venons d’entendre la défense de la motion de rejet présentée par la gauche. Qu’on me permette de le dire clairement : cette motion est l’expression pure et simple d’une irresponsabilité politique. Le groupe UDR s’y opposera, évidemment. »
M. Michaël Taverne RN
« Nous voterons évidemment contre cette motion de rejet. Cette motion de la honte caractérise bien la psychologie de la gauche, qui n’a pas la même conception du danger que nous : elle considère que prolonger la rétention d’un individu dangereux est dangereux pour la société. »
M. Ludovic Mendes EPR
« Le groupe Ensemble pour la République, nous l’avons expliqué en commission des lois, ne considère pas que ce texte réglera tous les problèmes ; mais il apportera des solutions complémentaires dont nous avons besoin. »

Lire le compte rendu intégral de la séance ↗

Le passage en commission

54 amendements examinés en commission, dont 8 adoptés.

Rapporteur·e·s de ce texte

Commission : Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République

Avant d'arriver dans l'hémicycle, ce texte a été examiné par la commission Lois. 54 amendements y ont été déposés, dont 8 adoptés (qui ont modifié le texte avant le vote). C'est le texte issu de ces 8 adoptions qui est arrivé en séance, où 61 amendements de plus ont été discutés.

8 adoptés24 rejetés5 tombés5 retirés12 en cours ou sans suite

Qui dépose, et qui fait adopter

  • LFI aucun sur 7 0 %
  • GDR aucun sur 6 0 %
  • EcoS aucun sur 7 0 %
  • SOC aucun sur 11 0 %
  • DEM aucun sur 1 0 %
  • EPR aucun sur 2 0 %
  • HOR aucun sur 1 0 %
  • DR 8 sur 15 53 %
  • RN aucun sur 4 0 %
Barre claire : les amendements déposés en commission. Partie pleine : ceux qui ont été adoptés. Le chiffre de droite les rapporte l'un à l'autre. Les groupes suivent l'ordre de l'hémicycle, comme le graphe des votes.

Où la commission a le plus changé le texte

Pour situer : sur les 221 grands votes de cette législature dont le texte est passé par une commission, la médiane est de 47 amendements et 13 adoptés.

Auditions et travaux en commission 1 réunion

Le compte rendu officiel de chaque réunion est accessible.

25 juin 2025 Lois Examen du texte Amendements (art. 88) Amendements (art. 88) Amendements (art. 88) Amendements (art. 88) Nomination de 2 rapporteurs pour avis sur le PLF 2026 Compte rendu ↗

Source : open data de l'Assemblée nationale (amendements + rapports de commission).

Le texte en détails

10 articles

Les documents officiels de ce texte :

le texte voté (PDF) ↗ sa fiche sur ce site le texte déposé (PDF) ↗ la fiche du texte déposé le rapport de commission n° 1640 ↗

Les 10 articles du texte adopté lors d’une autre lecture, chacun replié : son résumé en une phrase, le vote sur l'article, et les amendements qui y ont été mis aux voix (avec ce qu'ils proposaient).

Le texte reproduit ici est celui que l’Assemblée a adopté le 8 juillet 2025, en première lecture, c’est-à-dire lors d’une séance postérieure à ce vote. Son contenu peut donc différer de la version soumise aux députés ce jour-là.

  • Article 1er Ouvre la prolongation de rétention réservée au terrorisme aux étrangers expulsés ou interdits du territoire, condamnés pour certains crimes et délits graves, ou menaçant gravement l'ordre public. 2211 com. / 11 séance

    Ouvre la prolongation de rétention réservée au terrorisme aux étrangers expulsés ou interdits du territoire, condamnés pour certains crimes et délits graves, ou menaçant gravement l'ordre public.

    22 amendements déposés sur cet article : 11 en commission, dont 1 adopté, puis 11 en séance, dont 3 adoptés.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 2 Rend suspensif l'appel contre la fin de rétention de l'étranger interdit du territoire, visé par une expulsion, condamné pour certains crimes ou délits ou menaçant gravement l'ordre public. 136 com. / 7 séance

    Rend suspensif l'appel contre la fin de rétention de l'étranger interdit du territoire, visé par une expulsion, condamné pour certains crimes ou délits ou menaçant gravement l'ordre public.

    13 amendements déposés sur cet article : 6 en commission, dont 1 adopté, puis 7 en séance, dont 2 adoptés.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 2 bis Permet de relever sans son consentement, sur autorisation du procureur et devant son avocat, les empreintes d'un étranger retenu qui refuse, si c'est l'unique moyen de l'identifier. 50 com. / 5 séance

    Permet de relever sans son consentement, sur autorisation du procureur et devant son avocat, les empreintes d'un étranger retenu qui refuse, si c'est l'unique moyen de l'identifier.

    5 amendements déposés sur cet article : 5 en séance, dont 1 adopté.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 3conforme 125 com. / 7 séance

    Adopté conforme. Les deux chambres l'ont voté dans les mêmes termes lors d'une lecture précédente : il est acquis, et le texte soumis à ce vote ne le réimprime pas.

    12 amendements déposés sur cet article : 5 en commission, puis 7 en séance.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 3 bis Autorise, faute d'assignation suffisante, la rétention du demandeur d'asile sans titre menaçant gravement et actuellement l'ordre public ou risquant de fuir, et resserre la présomption de fuite. 50 com. / 5 séance

    Autorise, faute d'assignation suffisante, la rétention du demandeur d'asile sans titre menaçant gravement et actuellement l'ordre public ou risquant de fuir, et resserre la présomption de fuite.

    5 amendements déposés sur cet article : 5 en séance.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 3 tersupprimé 40 com. / 4 séance

    Texte de l'article

    (nouveau) (Supprimé)

    4 amendements déposés sur cet article : 4 en séance, dont 3 adoptés.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 4conforme 94 com. / 5 séance

    Adopté conforme. Les deux chambres l'ont voté dans les mêmes termes lors d'une lecture précédente : il est acquis, et le texte soumis à ce vote ne le réimprime pas.

    9 amendements déposés sur cet article : 4 en commission, puis 5 en séance.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 5 Impose de mentionner au procès-verbal les heures de début et de fin de la retenue, les repas, les prises d'empreintes ou de photographies et les fouilles effectuées. 75 com. / 2 séance

    Impose de mentionner au procès-verbal les heures de début et de fin de la retenue, les repas, les prises d'empreintes ou de photographies et les fouilles effectuées.

    7 amendements déposés sur cet article : 5 en commission, dont 1 adopté, puis 2 en séance.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 6 Modifie des délais de l'article L. 761-8 du code des étrangers et habilite le Gouvernement à étendre la loi sous 3 mois dans certaines collectivités d'outre-mer, avec ratification. 73 com. / 4 séance

    Modifie des délais de l'article L. 761-8 du code des étrangers et habilite le Gouvernement à étendre la loi sous 3 mois dans certaines collectivités d'outre-mer, avec ratification.

    7 amendements déposés sur cet article : 3 en commission, dont 1 adopté, puis 4 en séance, dont 1 adopté.

    lire le texte officiel ↗

  • Article 7 Renvoie à un décret en Conseil d'État l'entrée en vigueur des articles 1er à 4 et 6, au plus tard 3 mois après la promulgation. 43 com. / 1 séance

    Renvoie à un décret en Conseil d'État l'entrée en vigueur des articles 1er à 4 et 6, au plus tard 3 mois après la promulgation.

    4 amendements déposés sur cet article : 3 en commission, dont 1 adopté, puis 1 en séance.

    lire le texte officiel ↗

Articles du texte adopté et votes internes : données officielles de l'Assemblée nationale. Les résumés d'articles et de chaque amendement sont rédigés à partir du texte, puis vérifiés.

Pour aller plus loin

Le blog de l'auteur point de vue